{"id":1825,"date":"2017-01-06T12:09:19","date_gmt":"2017-01-06T10:09:19","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=1825"},"modified":"2018-01-03T11:56:27","modified_gmt":"2018-01-03T09:56:27","slug":"luxembourg-irlande-etre-petit-europe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=1825","title":{"rendered":"Luxembourg, Irlande\u2026 Comme il fait bon \u00eatre petit en Europe !"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section transparent_background=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb allow_player_pause=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb inner_shadow=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb padding_mobile=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb make_fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_width=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb width_unit=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb custom_width_px=\u00a0\u00bb1080px\u00a0\u00bb custom_width_percent=\u00a0\u00bb80%\u00a0\u00bb make_equal=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_gutter=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb specialty=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb admin_label=\u00a0\u00bbsection\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb][et_pb_row make_fullwidth=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_custom_width=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb width_unit=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb custom_width_px=\u00a0\u00bb1080px\u00a0\u00bb custom_width_percent=\u00a0\u00bb80%\u00a0\u00bb use_custom_gutter=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb gutter_width=\u00a0\u00bb3&Prime; padding_mobile=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb allow_player_pause=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb make_equal=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb column_padding_mobile=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_1=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_1=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_2=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_2=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_3=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_3=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb parallax_4=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method_4=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb admin_label=\u00a0\u00bbrow\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime; disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb parallax_method=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb column_padding_mobile=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb][et_pb_text background_layout=\u00a0\u00bblight\u00a0\u00bb text_orientation=\u00a0\u00bbleft\u00a0\u00bb admin_label=\u00a0\u00bbTexte\u00a0\u00bb use_border_color=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb border_style=\u00a0\u00bbsolid\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p>L&rsquo;Union europ&eacute;enne reste encore une zone de paix et de libre circulation des capitaux et des hommes. Du coup, y &ecirc;tre un petit pays offre deux gros avantages &eacute;conomiques :<\/p>\n<ol>\n<li>Adopter des taux d&rsquo;imp&ocirc;t plus bas que ses (grands) voisins ne fait pas baisser les recettes fiscales. Cela les augmente.<\/li>\n<li>Quantit&eacute; de services publics sont fournis gratuitement par les voisins.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le premier avantage tient &agrave; ce que la perte de recettes li&eacute;e &agrave; la baisse du taux d&rsquo;imp&ocirc;t par rapport &agrave; ses voisins (l&rsquo;effet revenu) est compens&eacute;e au-del&agrave; par l&rsquo;apport de base imposable venue de l&rsquo;&eacute;tranger, attir&eacute;e par les taux bas (l&rsquo;effet substitution). Le Luxembourg en est avec l&rsquo;Irlande le cas le plus marqu&eacute;.<\/p>\n<p>On en juge par les deux graphiques suivants, tir&eacute;s d&rsquo;une <span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/www.xerficanal-economie.com\/emission\/Olivier-Passet-OPA-Pourquoi-baisser-l-impot-sur-les-societes-est-une-priorite-5574_3744171.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=XC021216\">vid&eacute;o du site Xerfi Canal<\/a><\/em><\/span><\/span>, qui se limitent &agrave; l&rsquo;examen de l&rsquo;IS, imp&ocirc;t sur les soci&eacute;t&eacute;s. Le graphique de gauche pr&eacute;sente les taux faciaux d&rsquo;IS&nbsp;; celui de droite les taux effectifs, mesur&eacute;s en pourcentage du PIB. Le Luxembourg a un taux facial de 29%, relativement &eacute;lev&eacute;, mais moins que la France (35%), et &agrave; peu pr&egrave;s &agrave; &eacute;galit&eacute; avec celui de l&rsquo;Allemagne (30%). Pourtant, c&rsquo;est le pays qui de loin dispose des rentr&eacute;es fiscales au titre de l&rsquo;IS les plus &eacute;lev&eacute;es d&rsquo;Europe, &agrave; pr&egrave;s de 4,5% de son PIB. L&rsquo;Irlande, en queue de graphique sur le taux facial, se retrouve au milieu sur le taux effectif.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1827\" src=\"wp-content\/uploads\/2017\/01\/Luxembours-Irlande.png\" alt=\"luxembours-irlande\" width=\"1061\" height=\"647\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Luxembours-Irlande.png 1061w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Luxembours-Irlande-300x183.png 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Luxembours-Irlande-1024x624.png 1024w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Luxembours-Irlande-600x366.png 600w\" sizes=\"(max-width: 1061px) 100vw, 1061px\" \/><\/p>\n<p>Un grand pays n&rsquo;a pas ce luxe. S&rsquo;il baisse les imp&ocirc;ts par rapport &agrave; ses voisins, il fera certes rentrer de la mati&egrave;re fiscale &eacute;trang&egrave;re et &eacute;vitera des sorties, mais ceci dans une proportion faible par rapport &agrave; la base fiscale domestique. L&rsquo;effet substitution est moindre que l&rsquo;effet revenu. Il y a l&agrave; donc une &laquo;&nbsp;mal&eacute;diction du grand pays&nbsp;&raquo; dans une zone politique non coop&eacute;rative. Un grand pays comme l&rsquo;Allemagne la subit au plus haut point. Cela oblige &agrave; reporter l&rsquo;imp&ocirc;t sur d&rsquo;autres acteurs &eacute;conomiques, notamment les m&eacute;nages, posant des questions d&rsquo;&eacute;quit&eacute;. Tr&egrave;s curieusement, le Royaume-Uni de Theresa May, un grand pays, semble vouloir jouer la strat&eacute;gie irlandaise&nbsp;; ils iront probablement v&eacute;rifier cette mal&eacute;diction, sauf si d&eacute;sormais les autres pays embo&icirc;tent le pas, reportant sur d&rsquo;autres acteurs &eacute;conomiques la charge fiscale.<\/p>\n<h3><strong>Un avantage aussi du c&ocirc;t&eacute; des d&eacute;penses publiques<\/strong><\/h3>\n<p>C&ocirc;t&eacute; d&eacute;penses, le petit pays profite plus que le grand pays de son insertion dans le bloc &eacute;conomique et politique auquel il appartient. Le Luxembourg profite par exemple des r&eacute;seaux routiers, ferroviaires ou &eacute;lectriques de ses voisins&nbsp;: il construit les quelques kilom&egrave;tres de voie qui conduisent &agrave; sa fronti&egrave;re&nbsp;; la France ou l&rsquo;Allemagne les centaines qui conduisent &agrave; Paris ou Cologne. Pourtant, &agrave; chaque fois, les deux partenaires profitent &agrave; parts &eacute;gales du service de transport rendu. Les jeunes Luxembourgeois ont un acc&egrave;s facile aux universit&eacute;s (souvent gratuites) des grands voisins. L&rsquo;effet le plus important concerne la d&eacute;fense nationale, un poste lourd dans les budgets des grandes nations europ&eacute;ennes, n&eacute;gligeable pour les petits pays qui vivent sous leur protection implicite. (Mais ici, c&rsquo;est toute l&rsquo;Europe qui profite du parapluie militaire am&eacute;ricain au travers de l&rsquo;OTAN.)<\/p>\n<p>Au total, en raison d&rsquo;une redistribution &agrave; leur avantage, le service public du petit pays y est de qualit&eacute; &eacute;gale sinon sup&eacute;rieure &agrave; ce qu&rsquo;il est dans les grands pays, pour une pression fiscale bien moindre. Le petit pays est une sorte de passager clandestin du bateau europ&eacute;en et ses citoyens en tirent un niveau de vie et de patrimoine plus &eacute;lev&eacute; qu&rsquo;ailleurs, le record appartenant de tr&egrave;s loin aux Luxembourgeois.<\/p>\n<p>Au-del&agrave; de la fiscalit&eacute;, le m&ecirc;me raisonnement s&rsquo;applique aux r&eacute;glementations. Une moindre protection (du consommateur, du travailleur, de l&rsquo;environnement, &hellip;) fait peser des risques accrus pour la population mais qui, dans le cas du petit pays, sont compens&eacute;s par l&rsquo;afflux d&rsquo;activit&eacute;s et d&rsquo;emplois dans les secteurs moins prot&eacute;g&eacute;s. &Agrave; nouveau, le jeu revenu \/ substitution est gagnant pour le bien-&ecirc;tre du petit pays, avec des cons&eacute;quences pour les localisations industrielles. Cet &laquo;&nbsp;arbitrage&nbsp;&raquo; r&eacute;glementaire est r&eacute;duit dans l&rsquo;Union europ&eacute;enne, parce que nombre de l&eacute;gislations s&rsquo;imposent d&eacute;sormais sur l&rsquo;ensemble de la communaut&eacute;. Avec toutefois une &eacute;norme exception&nbsp;: les m&eacute;tiers financiers, ceux qui sont attach&eacute;s &agrave; la circulation du capital et des assiettes fiscales, sont encore tr&egrave;s peu r&eacute;gul&eacute;s au niveau communautaire. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;hypertrophie financi&egrave;re dans des pays comme le Luxembourg, Chypre et l&rsquo;Irlande, un peu moins pour ces deux derniers pays maintenant que leur secteur bancaire a explos&eacute; sous le coup de la crise financi&egrave;re. Car le revers est bien une prise de risque beaucoup plus &eacute;lev&eacute;e.<\/p>\n<h3><strong>Quels enseignements&nbsp;? <\/strong><\/h3>\n<p>Il y en a au moins quatre. D&rsquo;abord, il y a une pression forte, presque irr&eacute;sistible, pour que le petit pays adopte cette strat&eacute;gie de pr&eacute;dation de ressources communautaires. En effet, l&rsquo;afflux de capitaux y fait monter les prix des actifs, de l&rsquo;immobilier et des salaires. Son &eacute;conomie tend donc &agrave; se sp&eacute;cialiser dans les services &agrave; forte valeur ajout&eacute;e, dont la finance qui prend un poids &eacute;conomique &ndash; et donc politique &ndash; exorbitant au regard de sa taille. Il &eacute;tait difficile au gouvernement luxembourgeois de r&eacute;sister aux lobbys financiers qui pesaient pour plus d&rsquo;all&egrave;gements et de contournements fiscaux et r&eacute;glementaires. L&rsquo;affaire Luxleaks (voir encadr&eacute;) a r&eacute;v&eacute;l&eacute; les montages fiscaux directement favoris&eacute;s par les autorit&eacute;s fiscales. D&rsquo;une fiscalit&eacute; moindre, on glisse vers une fiscalit&eacute; d&rsquo;&eacute;vasion, voire d&eacute;lictueuse. La ligne de pente est bien celle du paradis fiscal, &agrave; des degr&eacute;s divers selon la r&eacute;putation du pays. La morale politique y est de peu de poids.<\/p>\n<p>Ensuite, il se cr&eacute;e des forces centrifuges puissantes au sein de l&rsquo;Union. Si le Luxembourg profite de ces transferts, pourquoi pas d&rsquo;autres&nbsp;? Blotties dans une zone de paix plus vaste, certaines r&eacute;gions trouvent aujourd&rsquo;hui int&eacute;r&ecirc;t &agrave; jouer l&rsquo;autonomie vis-&agrave;-vis de leur ensemble national, et ceci qu&rsquo;elles soient riches ou pauvres&nbsp;: la Catalogne ou la Flandre sont des r&eacute;gions riches, l&rsquo;Ecosse est une r&eacute;gion pauvre, maintenant que son p&eacute;trole est en voie d&rsquo;&eacute;puisement. La Lorraine pourrait &ecirc;tre un cas int&eacute;ressant&nbsp;: voici une r&eacute;gion historiquement et culturellement tr&egrave;s proche du Luxembourg. Son niveau de vie en &eacute;tait &eacute;galement tr&egrave;s proche avant-guerre. Comme ce dernier, elle a &eacute;t&eacute; frapp&eacute;e il y a 30 ans par la crise de la m&eacute;tallurgie. Mais aujourd&rsquo;hui, solidement arrim&eacute;e au bloc politique qu&rsquo;est la nation fran&ccedil;aise, son revenu national par t&ecirc;te est de 31.945 $, le plus bas du pays, alors qu&rsquo;il est de 111.162&nbsp;$ (chiffres 2013) au Luxembourg. N&rsquo;aurait-elle pas int&eacute;r&ecirc;t &agrave; la s&eacute;cession&nbsp;?<\/p>\n<p>Troisi&egrave;me cons&eacute;quence, la comp&eacute;tition fiscale sape inexorablement la capacit&eacute; du grand pays &agrave; user de l&rsquo;&Eacute;tat comme d&rsquo;instrument de protection sociale. C&rsquo;est un ph&eacute;nom&egrave;ne historique nouveau. Un certain degr&eacute; de comp&eacute;tition fiscale n&rsquo;est pas inutile quand il s&rsquo;agit de pays de m&ecirc;me taille. Cela pousse les gestionnaires de l&rsquo;&Eacute;tat &agrave; un usage parcimonieux des fonds publics et fournit un laboratoire en grandeur nature pour tester les formules fiscales les moins p&eacute;nalisantes. Mais ceci vaut pour des pays ou r&eacute;gions de taille comparable, pour ne pas subir la mal&eacute;diction du grand pays dans une zone politique sans coop&eacute;ration.<\/p>\n<p>Enfin, tant qu&rsquo;&agrave; &ecirc;tre un petit pays, il faut b&eacute;n&eacute;ficier d&rsquo;une situation g&eacute;opolitique &laquo;&nbsp;tranquille&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est ce qui distingue Chypre du Luxembourg. Chypre n&rsquo;a pas pris conscience qu&rsquo;il &eacute;tait sous la tutelle assez incertaine de la Gr&egrave;ce et sans poids politique bien fort aupr&egrave;s de la Commission europ&eacute;enne depuis la gifle &agrave; l&rsquo;Europe qu&rsquo;a &eacute;t&eacute; le r&eacute;f&eacute;rendum de 2005. Le Luxembourg fait partie des &Eacute;tats fondateurs de l&rsquo;Europe, intouchable par les grands pays et la Commission europ&eacute;enne. Il a fallu la pression des &Eacute;tats-Unis pour remettre en cause son secret bancaire, comme c&rsquo;est d&eacute;sormais le cas. Surtout, le Luxembourg a eu l&rsquo;habilet&eacute; de laisser le gros de son industrie financi&egrave;re entre les mains de grandes banques &eacute;trang&egrave;res qui ont pu fournir, en prot&eacute;geant leurs filiales, une assurance contre l&rsquo;&eacute;norme choc sur les banques qu&rsquo;a &eacute;t&eacute; la crise financi&egrave;re d&eacute;clench&eacute;e en 2007. Fournissant le terrain de jeu plut&ocirc;t que les joueurs, il a en quelque sorte fait l&rsquo;&laquo;&nbsp;Union bancaire&nbsp;&raquo; avant la lettre et &agrave; son profit. Chypre voulait tout de suite ses propres joueurs.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][et_pb_blurb url_new_window=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb use_icon=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb icon_color=\u00a0\u00bb#00a8ff\u00a0\u00bb use_circle=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb circle_color=\u00a0\u00bb#00a8ff\u00a0\u00bb use_circle_border=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb circle_border_color=\u00a0\u00bb#00a8ff\u00a0\u00bb icon_placement=\u00a0\u00bbtop\u00a0\u00bb animation=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb background_layout=\u00a0\u00bblight\u00a0\u00bb text_orientation=\u00a0\u00bbjustified\u00a0\u00bb use_icon_font_size=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb icon_font_size=\u00a0\u00bb96px\u00a0\u00bb body_font=\u00a0\u00bb||||\u00a0\u00bb background_color=\u00a0\u00bb#efefef\u00a0\u00bb use_border_color=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb border_color=\u00a0\u00bb#ffffff\u00a0\u00bb border_width=\u00a0\u00bb100px\u00a0\u00bb border_style=\u00a0\u00bbsolid\u00a0\u00bb custom_padding=\u00a0\u00bb|||\u00a0\u00bb disabled=\u00a0\u00bboff\u00a0\u00bb]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Luxleaks et la r\u00e9v\u00e9lation des pratiques d\u2019optimisation fiscale du Luxembourg<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Les papiers d\u00e9rob\u00e9s \u00e0 PricewaterhouseCoopers (PwC) en 2015 ont mis les sch\u00e9mas fiscaux du pays dans toute leur lumi\u00e8re. Aussi incroyable que cela paraisse, beaucoup de ces sch\u00e9mas reposent tout simplement sur des pr\u00eats intra-groupes, une pratique vieille comme le monde mais qui semblait \u00eatre devenue totalement obsol\u00e8te, parce que si facile \u00e0 tracer par les autorit\u00e9s fiscales. Oui, partout\u00a0! Sauf au Luxembourg.<\/p>\n<p>Le <span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\"><em><a style=\"color: #0000ff; text-decoration: underline;\" href=\"http:\/\/www.theguardian.com\/business\/2014\/nov\/05\/-sp-luxembourg-tax-files-tax-avoidance-industrial-scale\">Guardian a fait comme souvent un travail journalistique formidable<\/a><\/em><\/span>. Il prend l\u2019exemple de Shire Plc, un laboratoire pharmaceutique anglo-am\u00e9ricaine dans les neuro-pathologies. Le chiffre d&rsquo;affaires de Shire \u00e9tait en 2013 de 4,9 Md\u00a3, avec une profitabilit\u00e9 exceptionnelle\u00a0: l\u2019EBITDA est de 1,9 Md\u00a3, soit une marge d\u2019exploitation de pr\u00e8s de 40%\u00a0et un retour sur capitaux engag\u00e9s de 15,6%.<\/p>\n<p>Le principe\u00a0: on endette une structure au Luxembourg, qui pr\u00eate \u00e0 des filiales situ\u00e9es dans des pays \u00e0 plus forte fiscalit\u00e9. Les revenus financiers vont dans le pays peu tax\u00e9, les charges financi\u00e8res en d\u00e9duction du revenu des pays fortement tax\u00e9s.<\/p>\n<p>La belle affaire, direz-vous\u00a0: l\u2019imp\u00f4t sur les b\u00e9n\u00e9fices est de 29% au Luxembourg, et disons 35% en France et 39% aux \u00c9tats-Unis (y compris les taxes pour les \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s), le gain est mis\u00e9rable, d\u2019autant plus que les taux d&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9taient tr\u00e8s bas, de l\u2019ordre de 1,5% pour un groupe de la qualit\u00e9 de Shire Plc\u00a0! C\u2019\u00e9tait sans compter avec la science et la diligence des autorit\u00e9s fiscales du Luxembourg, gr\u00e2ce auxquelles les choses deviennent plus app\u00e9tissantes.<\/p>\n<p>En effet, une chose surprend imm\u00e9diatement quand on lit le bilan financier 2013 (en dollars US). <a href=\"http:\/\/www.shire.com\/shireplc\/uploads\/report\/Shire_Annual_report_2013_270314.pdf\"><em><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\">Ouvrons-le ensemble sur Internet<\/span><\/em>\u00a0<\/a>: on voit en page 100 du rapport que l\u2019endettement financier, apr\u00e8s la conversion en actions d\u2019une convertible de 1,1 Md$ en 2012, est absolument nul. Comment est-il possible que la filiale s\u2019endette sans qu\u2019on retrouve cette dette au niveau du bilan consolid\u00e9\u00a0? Non seulement, il n\u2019y a pas de dette, mais il y a m\u00eame du cash au bilan, pour un montant de 2,2 Md$.<\/p>\n<p>La filiale luxembourgeoise a re\u00e7u 1,9 Md$ de revenus financiers (les int\u00e9r\u00eats sur les pr\u00eats aux autres filiales) au cours des 5 derni\u00e8res ann\u00e9es et 580 M$ pour la seule ann\u00e9e 2013. Comme le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat que charge la filiale aux soci\u00e9t\u00e9s s\u0153urs du groupe varie entre 5% et 9% \u2013 on ne parle pas de 1,5%\u00a0! \u2013, cela repr\u00e9sente un montant entre 6 et 12 Md$ d\u2019emprunts pour le groupe. En fait, les papiers de PwC montrent un encours de dette de 10 Md$ au bilan de cette filiale tr\u00e8s secr\u00e8te, bien au-del\u00e0 des 2,2 Md$ de cash, et cette dette dispara\u00eet compl\u00e8tement en consolid\u00e9. Conclusion\u00a0: il y a un gros tourniquet interne, la maison m\u00e8re finance la soci\u00e9t\u00e9 luxembourgeoise, qui finance les filiales, qui renvoient l\u2019argent \u00e0 la maison m\u00e8re\u00a0! Une machine \u00e0 \u00e9conomiser l\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p>Regardons le d\u00e9tail, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 son corps d\u00e9fendant par PwC. La maison m\u00e8re (en Irlande\u00a0! le groupe a d\u00e9j\u00e0 fui en 2008 le Royaume-Uni pour s\u2019y installer) a une <u>succursale<\/u> au Luxembourg, qu\u2019on appellera <em>S<\/em>. Elle d\u00e9tient aussi dans le m\u00eame Luxembourg une <u>filiale<\/u>, appelons-la <em>F<\/em>. La soci\u00e9t\u00e9 <em>F<\/em> pr\u00eate 10 Md$ aux soci\u00e9t\u00e9s du groupe et re\u00e7oit des revenus financiers. La succursale <em>S<\/em> emprunte ces 10 Md$ au si\u00e8ge et acquitte des charges financi\u00e8res.<\/p>\n<p>Magie n\u00b0 1\u00a0: Shire a obtenu des autorit\u00e9s fiscales du Luxembourg de pouvoir consolider, du point de vue fiscal, les charges et les revenus. En pratique, les soci\u00e9t\u00e9s du Luxembourg ne paient en consolid\u00e9 que 1% d\u2019imp\u00f4t sur des revenus de 1,9 Md$ (les charges sont absolument minimes\u00a0: la masse salariale s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 55.000 $ et PwC doit envoyer sa copieuse facture \u00e0 une autre entit\u00e9 du groupe).<\/p>\n<p>Magie n\u00b0 2, comment se fait-il que les revenus financiers de la maison-m\u00e8re ne soient pas tax\u00e9s\u00a0? Ici, nous arrivons en Irlande, dont le taux d\u2019IS est de 12,5%. Mais c\u2019est beaucoup trop encore\u00a0! En pratique, autre <em>tax ruling<\/em>, les autorit\u00e9s consid\u00e8rent que S n\u2019est qu\u2019une succursale, sans autonomie juridique par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re. Contrairement \u00e0 la pratique de la plupart des fiscs du monde qui ne regardent pas la nature juridique de l\u2019entit\u00e9 mais bien son activit\u00e9 dans le pays, on consid\u00e8re alors qu\u2019il s\u2019agit de flux internes, qui \u00e9chappent \u00e0 l\u2019imp\u00f4t.<\/p>\n<p>On voit en p. 101 du rapport que l\u2019imp\u00f4t s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 278 M$, soit un taux apparent de 16,4%, alors qu\u2019une bonne part des revenus est faite aux \u00c9tats-Unis. <u>En clair, par ce montage, Shire Plc \u00e9conomise de l\u2019ordre de 300 M$ par an,<\/u> c&rsquo;est-\u00e0-dire transf\u00e8re sur les citoyens de ses pays-clients la charge fiscale qu\u2019\u00e9conomisent ses actionnaires.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 Shire, on reste fascin\u00e9s par la place donn\u00e9e dans le rapport annuel \u00e0 la bonne gestion de l\u2019\u00e9thique, \u00e0 la bonne surveillance des risques, aux proc\u00e9dures internes d\u2019audit, etc. Cela occupe les pages 18 \u00e0 29 du rapport annuel. En page 20, il est \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>To this end, we ground everything we do in our BRAVE values \u2013 to be bold, resilient, accountable, visionary, and ethical<\/em>.\u00a0\u00bb C\u2019est le directeur fiscal qui est membre du directoire de la filiale luxembourgeoise.<\/p>\n<p>Mais foin de ces scrupules, tout ce que fait Shire Plc est parfaitement conforme \u00e0 la l\u00e9gislation. Il ne s\u2019agit pas de fraude fiscale, ni m\u00eame d\u2019\u00e9vasion fiscale\u00a0; tout simplement d\u2019 \u00ab\u00a0optimisation fiscale\u00a0\u00bb, en pleine conformit\u00e9 avec les textes de lois.<\/p>\n<p>[\/et_pb_blurb][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Union europ&eacute;enne reste encore une zone de paix et de libre circulation des capitaux et des hommes. 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Cela les augmente.<\/li><li>Quantit\u00e9 de services publics sont fournis gratuitement par les voisins.<\/li><\/ol><p>Le premier avantage tient \u00e0 ce que la perte de recettes li\u00e9e \u00e0 la baisse du taux d\u2019imp\u00f4t par rapport \u00e0 ses voisins (l\u2019effet revenu) est compens\u00e9e au-del\u00e0 par l\u2019apport de base imposable venue de l\u2019\u00e9tranger, attir\u00e9e par les taux bas (l\u2019effet substitution). Le Luxembourg en est avec l\u2019Irlande le cas le plus marqu\u00e9.<\/p><p>On en juge par les deux graphiques suivants, tir\u00e9s d\u2019une <a href=\"http:\/\/www.xerficanal-economie.com\/emission\/Olivier-Passet-OPA-Pourquoi-baisser-l-impot-sur-les-societes-est-une-priorite-5574_3744171.html?utm_source=Mod%E8le%20diffusion%20Xerfi%20Canal&utm_medium=email&utm_campaign=XC021216\">vid\u00e9o du site Xerfi Canal<\/a>, qui se limitent \u00e0 l\u2019examen de l\u2019IS, imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s. Le graphique de gauche pr\u00e9sente les taux faciaux d\u2019IS\u00a0; celui de droite les taux effectifs, mesur\u00e9s en pourcentage du PIB. Le Luxembourg a un taux facial de 29%, relativement \u00e9lev\u00e9, mais moins que la France (35%), et \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec celui de l\u2019Allemagne (30%). Pourtant, c\u2019est le pays qui de loin dispose des rentr\u00e9es fiscales au titre de l\u2019IS les plus \u00e9lev\u00e9es d\u2019Europe, \u00e0 pr\u00e8s de 4,5% de son PIB. L\u2019Irlande, en queue de graphique sur le taux facial, se retrouve au milieu sur le taux effectif.<\/p><p><img class=\"aligncenter size-full wp-image-1827\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/Luxembours-Irlande.png\" alt=\"luxembours-irlande\" width=\"1061\" height=\"647\" \/><\/p><p>Un grand pays n\u2019a pas ce luxe. S\u2019il baisse les imp\u00f4ts par rapport \u00e0 ses voisins, il fera certes rentrer de la mati\u00e8re fiscale \u00e9trang\u00e8re et \u00e9vitera des sorties, mais ceci dans une proportion faible par rapport \u00e0 la base fiscale domestique. L\u2019effet substitution est moindre que l\u2019effet revenu. Il y a l\u00e0 donc une \u00ab\u00a0mal\u00e9diction du grand pays\u00a0\u00bb dans une zone politique non coop\u00e9rative. Un grand pays comme l\u2019Allemagne la subit au plus haut point. Cela oblige \u00e0 reporter l\u2019imp\u00f4t sur d\u2019autres acteurs \u00e9conomiques, notamment les m\u00e9nages, posant des questions d\u2019\u00e9quit\u00e9. Tr\u00e8s curieusement, le Royaume-Uni de Theresa May, un grand pays, semble vouloir jouer la strat\u00e9gie irlandaise\u00a0; ils iront probablement v\u00e9rifier cette mal\u00e9diction, sauf si d\u00e9sormais les autres pays embo\u00eetent le pas, reportant sur d\u2019autres acteurs \u00e9conomiques la charge fiscale.<\/p><h3><strong>Un avantage aussi du c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9penses publiques<\/strong><\/h3><p>C\u00f4t\u00e9 d\u00e9penses, le petit pays profite plus que le grand pays de son insertion dans le bloc \u00e9conomique et politique auquel il appartient. Le Luxembourg profite par exemple des r\u00e9seaux routiers, ferroviaires ou \u00e9lectriques de ses voisins\u00a0: il construit les quelques kilom\u00e8tres de voie qui conduisent \u00e0 sa fronti\u00e8re\u00a0; la France ou l\u2019Allemagne les centaines qui conduisent \u00e0 Paris ou Cologne. Pourtant, \u00e0 chaque fois, les deux partenaires profitent \u00e0 parts \u00e9gales du service de transport rendu. Les jeunes Luxembourgeois ont un acc\u00e8s facile aux universit\u00e9s (souvent gratuites) des grands voisins. L\u2019effet le plus important concerne la d\u00e9fense nationale, un poste lourd dans les budgets des grandes nations europ\u00e9ennes, n\u00e9gligeable pour les petits pays qui vivent sous leur protection implicite. (Mais ici, c\u2019est toute l\u2019Europe qui profite du parapluie militaire am\u00e9ricain au travers de l\u2019OTAN.)<\/p><p>Au total, en raison d\u2019une redistribution \u00e0 leur avantage, le service public du petit pays y est de qualit\u00e9 \u00e9gale sinon sup\u00e9rieure \u00e0 ce qu\u2019il est dans les grands pays, pour une pression fiscale bien moindre. Le petit pays est une sorte de passager clandestin du bateau europ\u00e9en et ses citoyens en tirent un niveau de vie et de patrimoine plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019ailleurs, le record appartenant de tr\u00e8s loin aux Luxembourgeois.<\/p><p>Au-del\u00e0 de la fiscalit\u00e9, le m\u00eame raisonnement s\u2019applique aux r\u00e9glementations. Une moindre protection (du consommateur, du travailleur, de l\u2019environnement, \u2026) fait peser des risques accrus pour la population mais qui, dans le cas du petit pays, sont compens\u00e9s par l\u2019afflux d\u2019activit\u00e9s et d\u2019emplois dans les secteurs moins prot\u00e9g\u00e9s. \u00c0 nouveau, le jeu revenu \/ substitution est gagnant pour le bien-\u00eatre du petit pays, avec des cons\u00e9quences pour les localisations industrielles. Cet \u00ab\u00a0arbitrage\u00a0\u00bb r\u00e9glementaire est r\u00e9duit dans l\u2019Union europ\u00e9enne, parce que nombre de l\u00e9gislations s\u2019imposent d\u00e9sormais sur l\u2019ensemble de la communaut\u00e9. Avec toutefois une \u00e9norme exception\u00a0: les m\u00e9tiers financiers, ceux qui sont attach\u00e9s \u00e0 la circulation du capital et des assiettes fiscales, sont encore tr\u00e8s peu r\u00e9gul\u00e9s au niveau communautaire. D\u2019o\u00f9 l\u2019hypertrophie financi\u00e8re dans des pays comme le Luxembourg, Chypre et l\u2019Irlande, un peu moins pour ces deux derniers pays maintenant que leur secteur bancaire a explos\u00e9 sous le coup de la crise financi\u00e8re. Car le revers est bien une prise de risque beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e.<\/p><h3><strong>Quels enseignements\u00a0? <\/strong><\/h3><p>Il y en a au moins quatre. D\u2019abord, il y a une pression forte, presque irr\u00e9sistible, pour que le petit pays adopte cette strat\u00e9gie de pr\u00e9dation de ressources communautaires. En effet, l\u2019afflux de capitaux y fait monter les prix des actifs, de l\u2019immobilier et des salaires. Son \u00e9conomie tend donc \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans les services \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e, dont la finance qui prend un poids \u00e9conomique \u2013 et donc politique \u2013 exorbitant au regard de sa taille. Il \u00e9tait difficile au gouvernement luxembourgeois de r\u00e9sister aux lobbys financiers qui pesaient pour plus d\u2019all\u00e8gements et de contournements fiscaux et r\u00e9glementaires. L\u2019affaire Luxleaks (voir encadr\u00e9) a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les montages fiscaux directement favoris\u00e9s par les autorit\u00e9s fiscales. D\u2019une fiscalit\u00e9 moindre, on glisse vers une fiscalit\u00e9 d\u2019\u00e9vasion, voire d\u00e9lictueuse. La ligne de pente est bien celle du paradis fiscal, \u00e0 des degr\u00e9s divers selon la r\u00e9putation du pays. La morale politique y est de peu de poids.<\/p><p>Ensuite, il se cr\u00e9e des forces centrifuges puissantes au sein de l\u2019Union. Si le Luxembourg profite de ces transferts, pourquoi pas d\u2019autres\u00a0? Blotties dans une zone de paix plus vaste, certaines r\u00e9gions trouvent aujourd\u2019hui int\u00e9r\u00eat \u00e0 jouer l\u2019autonomie vis-\u00e0-vis de leur ensemble national, et ceci qu\u2019elles soient riches ou pauvres\u00a0: la Catalogne ou la Flandre sont des r\u00e9gions riches, l\u2019Ecosse est une r\u00e9gion pauvre, maintenant que son p\u00e9trole est en voie d\u2019\u00e9puisement. La Lorraine pourrait \u00eatre un cas int\u00e9ressant\u00a0: voici une r\u00e9gion historiquement et culturellement tr\u00e8s proche du Luxembourg. Son niveau de vie en \u00e9tait \u00e9galement tr\u00e8s proche avant-guerre. Comme ce dernier, elle a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e il y a 30 ans par la crise de la m\u00e9tallurgie. Mais aujourd'hui, solidement arrim\u00e9e au bloc politique qu\u2019est la nation fran\u00e7aise, son revenu national par t\u00eate est de 31.945 $, le plus bas du pays, alors qu\u2019il est de 111.162\u00a0$ (chiffres 2013) au Luxembourg. N\u2019aurait-elle pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 la s\u00e9cession\u00a0?<\/p><p>Troisi\u00e8me cons\u00e9quence, la comp\u00e9tition fiscale sape inexorablement la capacit\u00e9 du grand pays \u00e0 user de l\u2019\u00c9tat comme d\u2019instrument de protection sociale. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne historique nouveau. Un certain degr\u00e9 de comp\u00e9tition fiscale n\u2019est pas inutile quand il s\u2019agit de pays de m\u00eame taille. Cela pousse les gestionnaires de l\u2019\u00c9tat \u00e0 un usage parcimonieux des fonds publics et fournit un laboratoire en grandeur nature pour tester les formules fiscales les moins p\u00e9nalisantes. Mais ceci vaut pour des pays ou r\u00e9gions de taille comparable, pour ne pas subir la mal\u00e9diction du grand pays dans une zone politique sans coop\u00e9ration.<\/p><p>Enfin, tant qu\u2019\u00e0 \u00eatre un petit pays, il faut b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une situation g\u00e9opolitique \u00ab\u00a0tranquille\u00a0\u00bb. C\u2019est ce qui distingue Chypre du Luxembourg. Chypre n\u2019a pas pris conscience qu\u2019il \u00e9tait sous la tutelle assez incertaine de la Gr\u00e8ce et sans poids politique bien fort aupr\u00e8s de la Commission europ\u00e9enne depuis la gifle \u00e0 l\u2019Europe qu\u2019a \u00e9t\u00e9 le r\u00e9f\u00e9rendum de 2005. Le Luxembourg fait partie des \u00c9tats fondateurs de l\u2019Europe, intouchable par les grands pays et la Commission europ\u00e9enne. Il a fallu la pression des \u00c9tats-Unis pour remettre en cause son secret bancaire, comme c\u2019est d\u00e9sormais le cas. Surtout, le Luxembourg a eu l\u2019habilit\u00e9 de laisser le gros de son industrie financi\u00e8re entre les mains de grandes banques \u00e9trang\u00e8res qui ont pu fournir, en prot\u00e9geant leurs filiales, une assurance contre l\u2019\u00e9norme choc sur les banques qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la crise financi\u00e8re d\u00e9clench\u00e9e en 2007. Fournissant le terrain de jeu plut\u00f4t que les joueurs, il a en quelque sorte fait l\u2019\u00ab\u00a0Union bancaire\u00a0\u00bb avant la lettre et \u00e0 son profit. Chypre voulait tout de suite ses propres joueurs.<\/p><p>\u00a0<\/p><p>\u00a0<\/p>","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[9,125,146,133],"tags":[127,126],"class_list":["post-1825","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-economie","category-paradis-fiscaux","category-jan2017","category-themes","tag-luxembourg","tag-paradis-fiscaux","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1825","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/39"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1825"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1825\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1826"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1825"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1825"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1825"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}