{"id":1814,"date":"2017-01-02T15:02:40","date_gmt":"2017-01-02T13:02:40","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=1814"},"modified":"2017-09-25T12:18:21","modified_gmt":"2017-09-25T10:18:21","slug":"accord-de-paris-transformer-leconomie-mondiale-50-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=1814","title":{"rendered":"Accord de Paris : comment transformer l\u2019\u00e9conomie mondiale en 50 ans ?"},"content":{"rendered":"<p>Le 12 d\u00e9cembre 2015, la COP21 accouchait d\u2019un accord international, l\u2019Accord de Paris. Moins d\u2019un an plus tard, le 4 novembre 2016, l\u2019Accord de Paris entrait en vigueur, apr\u00e8s sa ratification par un nombre suffisant de pays, incluant les \u00c9tats-Unis, la Chine, l\u2019Union europ\u00e9enne et la France. L\u2019Accord de Paris, accord r\u00e9volutionnaire \u00e0 triple titre, contient en germe la promesse de transformer radicalement l\u2019\u00e9conomie avant la fin du si\u00e8cle. L\u2019enjeu va d\u00e9sormais \u00eatre de traduire cette promesse en actions concr\u00e8tes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Ramener les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre \u00e0 z\u00e9ro avant la fin du si\u00e8cle<\/strong><\/h3>\n<p>Premier trait r\u00e9volutionnaire de l\u2019Accord de Paris\u00a0: ses objectifs. Figurant dans l\u2019article 2 de l\u2019Accord, ils sont au nombre de trois\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Contenir l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature moyenne de la plan\u00e8te nettement en dessous de +2\u00a0\u00b0C, en poursuivant l\u2019action pour limiter l\u2019\u00e9l\u00e9vation \u00e0 +1,5 \u00b0C\u00a0;<\/li>\n<li>Renforcer les capacit\u00e9s d\u2019adaptation aux effets n\u00e9fastes des changements climatiques\u00a0et promouvoir un d\u00e9veloppement \u00e0 faible \u00e9mission de gaz \u00e0 effet de serre (GES), d\u2019une mani\u00e8re qui ne menace pas la production alimentaire\u00a0;<\/li>\n<li>Rendre les flux financiers compatibles avec un profil d\u2019\u00e9volution vers un d\u00e9veloppement \u00e0 faible \u00e9mission de GES et r\u00e9silient aux changements climatiques.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Tr\u00e8s concr\u00e8tement, contenir l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la temp\u00e9rature moyenne de la plan\u00e8te revient \u00e0 faire en sorte que les \u00e9missions de GES d\u2019origine humaine soient compens\u00e9es par des absorptions \u00e9quivalentes. Et contenir cette \u00e9l\u00e9vation en-dessous de +2\u00b0C revient \u00e0 arriver \u00e0 cette \u00e9quilibre avant la fin du si\u00e8cle. Cet \u00e9quilibre entre \u00e9missions et absorptions de GES est techniquement possible. Il convient pour ce faire\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>de diminuer fortement les \u00e9missions de GES, qui sont aujourd\u2019hui de l\u2019ordre de 50 Gt d\u2019\u00e9quivalent-CO<sub>2<\/sub> par an (efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, \u00e9nergies renouvelables, innovations technologiques ou organisationnelles pour r\u00e9duire les \u00e9missions li\u00e9es aux proc\u00e9d\u00e9s industriels ou agricoles),<\/li>\n<li>et de favoriser la capture et la s\u00e9questration du CO2, par des proc\u00e9d\u00e9s chimiques, ou dans l\u2019agriculture et la fili\u00e8re for\u00eat-bois.<\/li>\n<\/ul>\n<p>A noter que sauf \u00e0 trouver une \u00ab\u00a0baguette magique\u00a0\u00bb qui permet de s\u00e9questrer massivement dans la dur\u00e9e du carbone, l\u2019Accord de Paris conduit \u00e0 diminuer drastiquement notre utilisation d\u2019\u00e9nergies fossiles (charbon, p\u00e9trole mais aussi gaz naturel) dans un calendrier de quelques d\u00e9cennies, voire d\u2019y renoncer. Il convient donc en quelques d\u00e9cennies de passer d\u2019un monde o\u00f9 80\u00a0% de l\u2019\u00e9nergie que nous consommons a une origine fossile, \u00e0 un monde dans lequel pour ainsi dire 0\u00a0% de l\u2019\u00e9nergie consomm\u00e9e est d\u2019origine fossile, et ce, pour tous les pays, m\u00eame si le calendrier pour chacun des pays pourra prendre en compte les circonstances nationales.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Favoriser l\u2019action de tous : Etats, collectivit\u00e9s territoriales, entreprises\u2026<\/h3>\n<p>Deuxi\u00e8me trait r\u00e9volutionnaire de l\u2019Accord de Paris\u00a0: la m\u00e9thode. Alors que le protocole de Kyoto, pr\u00e9d\u00e9cesseur de l\u2019Accord de Paris, s\u2019appuyait sur une logique de \u00ab\u00a0partage de l\u2019effort\u00a0\u00bb visant \u00e0 r\u00e9partir l\u2019effort de r\u00e9duction des \u00e9missions de GES entre les diff\u00e9rents pays, l\u2019Accord de Paris part du principe que les r\u00e9ductions d\u2019\u00e9missions et l\u2019adaptation au changement climatique se feront sur une base volontaire, \u00e0 partir des contributions des Etats et des acteurs dits \u00ab\u00a0non-\u00e9tatiques\u00a0\u00bb (collectivit\u00e9s territoriales, entreprises industrielles, agricoles ou foresti\u00e8res, acteurs financiers\u2026). Tous sont invit\u00e9s \u00e0 faire part de leurs engagements \u00e0 moyen terme afin de contribuer \u00e0 la d\u00e9-carbonation de l\u2019\u00e9conomie mondiale, et \u00e0 revoir p\u00e9riodiquement leurs engagements. La plupart des Etats ont d\u00e9pos\u00e9 de premi\u00e8res contributions \u00e0 horizon 2030 avant la COP21 et, depuis la COP21, les entreprises et collectivit\u00e9s territoriales font de m\u00eame.<\/p>\n<p>Une fois les objectifs et la m\u00e9thode fix\u00e9s, il reste \u00e0 mettre la machine en branle. Quel est l\u2019enjeu\u00a0? Contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019enjeu n\u2019est pas de trouver plus d\u2019argent pour faire du vert\u00a0: il faut faire plus de \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb mais \u00e9galement moins de \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb. Les grands argentiers de demain devront avant toute chose se souvenir du serment d\u2019Hippocrate\u00a0: \u00ab\u00a0d\u2019abord, ne pas nuire\u00a0\u00bb, et d\u00e9vier au niveau mondial chaque ann\u00e9e l\u2019\u00e9quivalent de 5000 milliards de dollars d\u2019investissement du \u00ab\u00a0noir\u00a0\u00bb vers le vert\u00a0\u00bb. La premi\u00e8re ressource pour financer la transition \u00e9nerg\u00e9tique est donc constitu\u00e9e par tous les flux financiers qui ne partiront plus vers des projets \u00e9metteurs de GES ou inadapt\u00e9s au climat futur.<\/p>\n<p>Le moteur dans cette dynamique\u00a0? L\u2019int\u00e9r\u00eat bien compris \u2013 \u00e9go\u00efste &#8211; des Etats et des acteurs non-\u00e9tatiques \u00e0 engager cette transition vers une \u00e9conomie litt\u00e9ralement d\u00e9-carbon\u00e9e, afin de pr\u00e9venir des risques li\u00e9s soit au changement climatique, soit \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale et de b\u00e9n\u00e9ficier des opportunit\u00e9s offertes par ladite transition, en termes de croissance \u00e9conomique, de gains de comp\u00e9titivit\u00e9, d\u2019emploi ou encore de qualit\u00e9 de vie. Un v\u0153u pieux\u00a0? Pas si s\u00fbr. A titre d\u2019illustration, les motivations de la Californie ou de l\u2019Etat chinois pour r\u00e9duire leurs \u00e9missions de GES sont plus \u00e0 chercher dans ce registre que dans la coercition de la communaut\u00e9 internationale. De m\u00eame, les engagements en faveur du climat d\u2019un certain nombre d\u2019entreprises industrielles ou financi\u00e8res sont inspir\u00e9s de leur int\u00e9r\u00eat bien compris \u00e0 moyen terme. Peu d\u2019entreprises souhaiteraient en effet \u00eatre le \u00ab\u00a0prochain Kodak\u00a0\u00bb, balay\u00e9es par une modification rapide de leur environnement concurrentiel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Une proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice, qui ne se fera ni sans action publique, ni sans la finance<\/h3>\n<p>L\u2019Accord de Paris repose de fait sur une logique de proph\u00e9tie auto-r\u00e9alisatrice. Plus la r\u00e9alit\u00e9 de la transition \u00e9nerg\u00e9tique sera palpable par les acteurs, plus il sera facile de mettre en \u0153uvre des actions allant dans le sens de l\u2019Accord de Paris et, a contrario plus il sera difficile d\u2019aller contre le vent. Pour rendre cette transition r\u00e9elle et viser \u00e0 aligner, comme demand\u00e9 par l\u2019Accord de Paris, les flux financiers avec un monde \u00ab\u00a0neutre en carbone\u00a0\u00bb et adapt\u00e9 au changement climatique, les pouvoirs publics peuvent agir sur deux grands leviers.<\/p>\n<p>Premier levier, la demande en produits, biens et services \u00ab\u00a0verts\u00a0\u00bb au sens bas-carbone et adapt\u00e9s au changement climatique, qu\u2019il s\u2019agit de rendre \u00e9conomiquement plus attractifs que leurs homologues fossiles. Pour ce faire, les \u00e9conomistes s\u2019accordent g\u00e9n\u00e9ralement sur le fait qu\u2019il convient de donner des prix au carbone, m\u00eame s\u2019ils divergent sur les modalit\u00e9s de mise en \u0153uvre. Un certain nombre de juridictions nationales ou r\u00e9gionales ont ainsi mis en \u0153uvre des prix du carbone qui s\u2019appliquent aux acteurs \u00e9conomiques sous leur autorit\u00e9, \u00e0 travers des taxes, des syst\u00e8mes de quotas, ou encore des normes, ou qui s\u2019appliquent \u00e0 la puissance publique elle-m\u00eame dans la priorisation de ses investissements\u00a0; c\u2019est \u00e9galement le cas d\u2019entreprises industrielles ou financi\u00e8res, les prix internes du carbone qu\u2019elles ont mis en \u0153uvre leur permettant de g\u00e9rer un risque ou d\u2019orienter leur mod\u00e8le \u00e9conomique sur le long terme. Dans tous ces cas, les pouvoirs publics peuvent orienter durablement les pratiques et comportements des acteurs \u00e9conomiques, notamment en rendant cr\u00e9dible la trajectoire d\u2019\u00e9missions dans laquelle s\u2019inscrira l\u2019action de ces acteurs.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me levier, l\u2019offre de capitaux pour les produits, biens et services \u00ab\u00a0verts\u00a0\u00bb, pour s\u2019assurer que les objets n\u00e9cessaires \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique sont financ\u00e9s<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[i]<\/a>. Rendre les projets qui sont compatibles avec l\u2019Accord de Paris \u00e9conomiquement plus int\u00e9ressants constitue en effet une condition n\u00e9cessaire, mais loin d\u2019\u00eatre suffisante, pour s\u2019assurer qu\u2019ils seront mis en \u0153uvre.<\/p>\n<p>Les pouvoirs publics peuvent s\u2019appuyer sur la dynamique cr\u00e9\u00e9e par la prise en compte croissante \u00a0par les acteurs \u00e9conomiques, en particulier les acteurs financiers, des risques et des opportunit\u00e9s li\u00e9s au changement climatique\u00a0: risques que font peser sur tous les actifs un changement climatique rapide, ceux qu\u2019une transition \u00e9nerg\u00e9tique rapide fera peser sur les actifs les plus d\u00e9pendants des \u00e9nergies fossiles\u00a0; opportunit\u00e9s offertes par les actifs bas carbone, pour lesquels les progr\u00e8s technologiques et organisationnels font constamment baisser les co\u00fbts.<\/p>\n<p>Sur ces deux leviers, l\u2019action se structure progressivement, et il convient d\u00e9sormais d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer. En novembre 2016, \u00e0 la COP22 \u00e0 Marrakech, les ministres des Finances, nouveaux venus dans les n\u00e9gociations climatiques internationales, ont fait savoir qu\u2019ils seraient bien pr\u00e9sents dans la dur\u00e9e sur ces deux fronts. Un pr\u00e9alable indispensable pour rendre les flux financiers compatibles avec des \u00e9conomies bas-carbone et adapt\u00e9es aux changements climatiques.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[i]<\/a> Voir sur le site <span style=\"text-decoration: underline;\"><em><a href=\"http:\/\/variances.eu\/?p=1777\">l\u2019article de Pierre Ducret et Maria Scolan<\/a><\/em><\/span>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 12 d\u00e9cembre 2015, la COP21 accouchait d\u2019un accord international, l\u2019Accord de Paris. 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