{"id":1774,"date":"2016-12-16T10:00:06","date_gmt":"2016-12-16T08:00:06","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=1774"},"modified":"2017-09-25T12:19:07","modified_gmt":"2017-09-25T10:19:07","slug":"reguler-finance-sauver-climat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=1774","title":{"rendered":"R\u00e9guler la finance pour sauver le climat"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La \u00a0transition \u00e9nerg\u00e9tique indispensable pour rester dans une trajectoire climatique \u00ab\u00a0sous les deux degr\u00e9s\u00a0\u00bb compatible avec l\u2019accord de Paris, est, \u00e9conomiquement et \u00a0financi\u00e8rement,\u00a0 \u00e0 notre port\u00e9e. Nous en avons les moyens et les outils. Mais elle ne pourra se faire tant que deux obstacles ne seront pas contourn\u00e9s\u00a0: le niveau apparemment \u00e9lev\u00e9 des dettes publiques, et le rendement excessif de la \u00ab\u00a0finance casino<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Rappelons <\/strong>d\u2019abord que le co\u00fbt d\u2019une d\u00e9rive climatique au-del\u00e0 des 2\u00b0C est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. L\u2019ordre de grandeur souvent avanc\u00e9 de 20% du PIB mondial est encore optimiste\u00a0: les catastrophes naturelles, mais aussi les d\u00e9r\u00e8glements de la biosph\u00e8re sont susceptibles de d\u00e9passer toute mesure.. Rappelons aussi que les sommes \u00e0 investir pour d\u00e9carboner l\u2019\u00e9conomie mondiale et rester en de\u00e7\u00e0 des 2\u00b0C sont du m\u00eame ordre que celles qu\u2019il faudrait investir en continuant sur une trajectoire sans transition \u00e9nerg\u00e9tique. La <a href=\"http:\/\/newclimateeconomy.net\/\">Commission mondiale pour l\u2019\u00e9conomie du climat<\/a> a estim\u00e9 le montant global de ces investissements \u00e0 trajectoire inchang\u00e9e \u00e0 89\u00a0000 milliards de dollars au total au cours des quinze prochaines ann\u00e9es. Cela repr\u00e9sente 6\u00a0000 milliards de dollars par an, ou 8% du PIB mondial. Le co\u00fbt des investissements dans la trajectoire de transition vers le bas carbone serait tr\u00e8s proche, \u00e0 93\u00a0000 milliards de dollars. La transition, c\u2019est donc d\u2019abord une r\u00e9orientation massive des flux financiers\u00a0 vers des \u00e9nergies d\u00e9carbon\u00e9es,\u00a0 de l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, des nouvelles mobilit\u00e9s, des villes plus compactes, de la reforestation&#8230; Il faut ajouter qu\u2019une moindre d\u00e9pendance aux fossiles \u00e9vitera aussi l\u2019aggravation des conflits li\u00e9s \u00e0 leur rar\u00e9faction. Adopter un mode de d\u00e9veloppement bas carbone \u00a0n\u2019est pas seulement un imp\u00e9ratif face au changement climatique. C\u2019est aussi une opportunit\u00e9 d\u2019investissements pour relancer l\u2019\u00e9conomie mondiale, dans un contexte inqui\u00e9tant de stagnation au Nord et de ralentissement au Sud.<\/p>\n<p><strong>Pour ce faire, <\/strong>contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019argent ne manque pas. Du c\u00f4t\u00e9 des m\u00e9nages, il existe dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s et \u00e9mergents une \u00e9pargne importante. Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s bas et la financiarisation des \u00e9conomies attirent l\u2019\u00e9pargne vers des produits financiers complexes \u00e0 rendement plus \u00e9lev\u00e9s, mais risqu\u00e9s. \u00a0Pour leur part, dans un contexte de croissance incertaine, les grandes entreprises versent des dividendes consid\u00e9rables et rach\u00e8tent massivement leurs propres actions plut\u00f4t que de lancer dans de nouveaux investissements. \u00a0\u00a0Quant aux banques, rappelons qu\u2019elles ont un pouvoir de cr\u00e9ation mon\u00e9taire. Elles peuvent donc r\u00e9pondre \u00e0 la demande de cr\u00e9dit\u2026 \u00e0 condition que celle-ci existe\u00a0!<\/p>\n<p>Le sujet n\u2019est donc pas \u00e0 proprement parler le manque d\u2019argent. Il y en revanche deux grosses barri\u00e8res \u00e0 l\u2019investissement dans la transition \u00e9nerg\u00e9tique et il s\u2019agit de les faire tomber. La premi\u00e8re est le poids de l\u2019endettement, \u00e0 commencer par celui des Etats. La seconde est le fait que les flux financiers priv\u00e9s se dirigent beaucoup trop peu vers l\u2019\u00e9conomie bas carbone, qui offre des rendements moins \u00e9lev\u00e9s que les produits purement financiers comme les d\u00e9riv\u00e9s qui existent actuellement sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Contourner la contrainte de l\u2019endettement public<\/strong><\/h3>\n<p>Une grande partie des investissements de la transition rel\u00e8ve des pouvoirs publics. C\u2019est vrai chez nous, et cela l\u2019est encore plus au Sud. Ce n\u2019est pas le secteur priv\u00e9 qui va financer un barrage ou des r\u00e9seaux \u00e9lectriques en Afrique\u00a0! Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le secteur priv\u00e9 exige pour ce type de projet des garanties fortes du secteur public, qui p\u00e8sent sur le budget des Etats, lorsqu\u2019ils sont encore assez solides pour que leur garantie soit acceptable par le secteur priv\u00e9. Le probl\u00e8me est que pour se financer, les Etats ont fait le choix, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970, d\u2019avoir de plus en plus recours aux march\u00e9s internationaux de capitaux<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Aujourd\u2019hui, les Etats sont tr\u00e8s endett\u00e9s et leurs cr\u00e9anciers priv\u00e9s leurs disent\u00a0: si vous ne r\u00e9duisez pas les d\u00e9ficits, les d\u00e9penses publiques, les investissements, nous allons relever nos taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, ou ne plus du tout vous pr\u00eater. Cette d\u00e9pendance aux march\u00e9s financiers n\u2019ob\u00e9it cependant \u00e0 aucune n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique. Nous pourrions tr\u00e8s bien revenir \u00e0 des circuits de financement collectant et dirigeant l\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages vers des projets bas carbone, avec par exemple des m\u00e9canismes de garanties publiques. En ce qui concerne les pays du Sud, o\u00f9 les investissements sont jug\u00e9s plus risqu\u00e9s, les banques publiques de d\u00e9veloppement, telles l\u2019AFD fran\u00e7aise, la KfW allemande, la Banque mondiale, sont des acteurs cl\u00e9s, non seulement pour investir, mais pour s\u00e9curiser les placements priv\u00e9s.<\/p>\n<p>Cependant, pour qu\u2019il y ait de l\u2019investissement, il ne suffit pas de pouvoir acc\u00e9der \u00e0 des capitaux bon march\u00e9. Il faut aussi qu\u2019il y ait une demande. C\u2019est par exemple la limite de la politique d\u2019assouplissement mon\u00e9taire de la Banque centrale europ\u00e9enne. Ses op\u00e9rations de rachat massif de titres de dette d\u00e9j\u00e0 \u00e9mis ont certes fait baisser les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais n\u2019ont pas permis de relancer les \u00e9conomies de la zone euro car il n\u2019y a pas de demande. Mario Draghi, qui dirige la BCE, l\u2019a lui-m\u00eame reconnu, en d\u00e9clarant qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de compl\u00e9ter la politique d\u2019assouplissement quantitatif par des mesures de relance budg\u00e9taire. De plus en plus de voix, au FMI et \u00e0 l\u2019OCDE notamment, s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour que les Etats adoptent des programmes d\u2019investissements publics pour relancer la croissance. \u00a0A cet \u00e9gard, le plan Juncker va dans le bon sens, mais il est beaucoup trop d\u00e9pendant des financements priv\u00e9s et de leurs crit\u00e8res de s\u00e9lection des investissements, notamment concernant les infrastructures. Il serait tout \u00e0 fait possible aux membres de l\u2019Union europ\u00e9enne, engag\u00e9s \u00e0 ne pas d\u00e9passer les 3 % de d\u00e9ficit public, d\u2019ouvrir des n\u00e9gociations visant \u00e0 leur permettre de sortir les investissements publics verts de la comptabilisation en dette publique au sens des accords de Maatstricht. \u00a0Cette voie\u00a0 est accessible assez facilement\u00a0 comme l\u2019ont montr\u00e9 Olivier Blanchard et al. dans un rapport au CAE <a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> Et c\u2019est aussi ce que propose Jean Pisani-Ferry le directeur de France-Strat\u00e9gie<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Diriger les flux financiers priv\u00e9s vers l\u2019\u00e9conomie bas carbone\u00a0?<\/strong><strong style=\"font-size: 16px; line-height: 1.5;\">\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>Il faut tout d\u2019abord renforcer tout un ensemble de mesures bien connues qui rel\u00e8vent de la politique fiscale et industrielle. Les unes, comme la taxe carbone ou les normes sur les v\u00e9hicules et le b\u00e2timent, visent \u00e0 p\u00e9naliser l\u2019usage des \u00e9nergies fossiles, et \u00e0 rentabiliser les projets \u00ab\u00a0verts\u00a0\u00bb, tandis que les autres, \u00a0comme les tarifs de rachat \u00e9olien ou photovolta\u00efque, soutiennent la demande \u00ab\u00a0verte\u00a0\u00bb. Il faut inciter les investisseurs et les banques \u00e0 aller vers les actifs \u00ab\u00a0verts\u00a0\u00bb. Il existe toute une panoplie de mesures, comme par exemple l\u2019assouplissement de exigences de fonds propres de la r\u00e9gulation prudentielle bancaire pour les projets d\u00e9carbon\u00e9s et, inversement, leur renforcement dans le cas de pr\u00eats li\u00e9s aux \u00e9nergies fossiles. La F\u00e9d\u00e9ration Bancaire Fran\u00e7aise vient d\u2019ailleurs de faire une proposition qui va dans ce sens\u00a0: elle demande que les pr\u00eats et les financements verts b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un \u00ab\u00a0green supporting factor\u00a0\u00bb, coefficient de r\u00e9faction du besoin en capital. En effet, la r\u00e9gulation bancaire actuelle, dite \u00ab\u00a0prudentielle\u00a0\u00bb, oblige les banques \u00e0 conserver un certain montant de capital lorsqu\u2019elles accordent un pr\u00eat, pour faire face aux risques de celui-ci. R\u00e9duire cette exigence en capital permettrait aux banques de pr\u00eater au secteur \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb \u00e0 des taux plus bas. A ce stade la Banque de France semble s\u2019y opposer, au motif que la politique mon\u00e9taire n\u2019a pas \u00e0 se transformer en politique sectorielle. Cet argument de principe est faible, car la transition \u00e9nerg\u00e9tique concerne potentiellement tous les secteurs de l\u2019\u00e9conomie, bien au-del\u00e0 de celui des \u00e9nergies renouvelables auxquelles elle est trop souvent assimil\u00e9e. Le \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb n\u2019est pas un secteur, mais un crit\u00e8re discriminant au sein de chaque secteur, qui permet de choisir entre des activit\u00e9s plus ou moins \u00e9mettrices de GES. A mesure que les \u00e9missions de GES seront n\u00e9cessairement plus contraintes, de mani\u00e8re voulue (augmentation du co\u00fbt du carbone \u00e9mis), ou subie (le niveau insupportable de la pollution obligeant \u00e0 revoir les processus), les crit\u00e8res \u00ab\u00a0verts\u00a0\u00bb sont amen\u00e9s \u00e0 se durcir progressivement. La transition \u00e9nerg\u00e9tique est \u00a0une condition de survie de l\u2019\u00e9conomie voire de l\u2019humanit\u00e9, et tous les instruments d\u2019orientation du financement de l\u2019\u00e9conomie sont \u00e0 utiliser.<\/p>\n<p>Il \u00a0est \u00a0par ailleurs fondamental de \u00a0r\u00e9guler\u00a0 la finance, et que les r\u00e9gulateurs r\u00e9duisent les opportunit\u00e9s de gains dans les placements financiers \u00e0 hauts rendements donc \u00e0 hauts risques. Tout d\u2019abord, cela r\u00e9duit la probabilit\u00e9 de survenue d\u2019une nouvelle crise financi\u00e8re, d\u00e9sastreuse pour l\u2019\u00e9conomie et encore plus pour la transition qui n\u00e9cessite des investissements importants qui seraient \u00e0 nouveau gel\u00e9s en cas de crise. Rappelons que le PIB des \u00e9conomies avanc\u00e9es se situe aujourd\u2019hui entre 10 et 15% en dessous du niveau qu\u2019ils auraient atteint sans la crise financi\u00e8re de 2008. Ensuite, la sp\u00e9culation sans frein accro\u00eet la volatilit\u00e9 des cours des mati\u00e8res premi\u00e8res et de l\u2019\u00e9nergie alors que les investisseurs r\u00e9clament tous de la visibilit\u00e9 et de la clart\u00e9 sur les anticipations des prix futurs, qui sont la base de toutes les prises de d\u00e9cision \u00e9conomiques et financi\u00e8res. Le manque de pr\u00e9visibilit\u00e9 actuel sur les prix peut \u00eatre directement attribu\u00e9 \u00e0 la financiarisation excessive de l\u2019\u00e9conomie, et c\u2019est un frein majeur \u00e0 l\u2019investissement, donc \u00e0 la croissance. Un prix de r\u00e9f\u00e9rence pour le carbone \u00e9mis n\u2019est pas efficace dans un monde o\u00f9 le prix du baril de p\u00e9trole ne cesse de faire du yo-yo. Et c\u2019est vrai pour les autres sources d\u2019\u00e9nergie. \u00a0Enfin les hauts rendements de ces activit\u00e9s, orient\u00e9es \u00e0 \u00a0court terme, \u00a0attirent une partie de l\u2019\u00e9pargne d\u00e9tenue par les investisseurs institutionnels qui du coup se d\u00e9tournent de la transition, dont la rentabilit\u00e9 est plus faible car fond\u00e9e sur des valorisations de moyen et long terme. Cela leur pose d\u2019ailleurs des probl\u00e8mes croissants, leurs engagements de paiement (retraite et assurance) \u00e9tant eux sur le long terme.<\/p>\n<p>Malheureusement, depuis la crise de 2008, nous n\u2019avons \u00a0pas beaucoup avanc\u00e9 en Europe comme vient de le montrer le d\u00e9but de panique bancaire provoqu\u00e9 par la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019ampleur des pr\u00eats pourris qui figurent au bilan de la Deutsche Bank. Il reste ainsi toujours aussi urgent en 2016 qu\u2019en 2008 de s\u00e9parer banques d\u2019affaires et banques de d\u00e9p\u00f4t afin que les premi\u00e8res n\u2019aient plus la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9ponger leurs pertes avec l\u2019argent des d\u00e9posants et donc, de faire appel \u00e0 l\u2019Etat comme pr\u00eateur en dernier ressort en cas de difficult\u00e9s. Notons que la loi am\u00e9ricaine Dodd-Franck va de ce point de vue plus loin que nous en Europe. Sa section 619 interdit, dans certaines conditions, qu\u2019une \u00ab\u00a0entit\u00e9 bancaire\u00a0\u00bb sp\u00e9cule pour elle-m\u00eame, ou ait une quelconque implication financi\u00e8re ou responsabilit\u00e9 manag\u00e9riale dans un <em>hedge fund<\/em> (fond sp\u00e9culatif) ou un fonds de \u00ab\u00a0<em>private equity\u00a0<\/em>\u00bb (capital risque et capital d\u00e9veloppement). Elle ne restreint pas cette interdiction aux seuls fonds am\u00e9ricains, ce qui serait trop facile \u00e0 contourner.<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement avancer sur la mise en \u0153uvre de la taxe sur les transactions financi\u00e8res, qui avance \u00e0 la vitesse de l\u2019escargot, mais avance quand m\u00eame<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> . La valeur sociale (les b\u00e9n\u00e9fices calcul\u00e9s au niveau de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, et non seulement dans les comptes des banques) du trading \u00e0 haute fr\u00e9quence, est nulle ou n\u00e9gative. Les gains obtenus par les investisseurs habiles ont pour contrepartie les pertes d\u2019autres cat\u00e9gories d\u2019intervenants sur le march\u00e9, et en particulier l\u2019Etat. Par ailleurs, ces activit\u00e9s attirent les ing\u00e9nieurs et chercheurs de haut niveau qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un investissement important de la collectivit\u00e9 dans leur formation, et qui sont ainsi d\u00e9tourn\u00e9s des activit\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral comme celles dont la transition a justement besoin\u00a0: gestion territoriale, recherche sur les nouvelles technologies, etc\u2026 Sanctionner le trading haute fr\u00e9quence ne pose de probl\u00e8mes qu\u2019aux acteurs qui\u00a0 ont investi dans cette technologie tr\u00e8s capitalistique plus nuisible que favorable \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. Quant aux op\u00e9rations de couverture de risques, qui ont une valeur, elles seront juste rendues un peu plus co\u00fbteuses, traduisant mieux la r\u00e9alit\u00e9 du risque syst\u00e9mique que la sp\u00e9culation dans son ensemble fait subir \u00e0 l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Pour conclure, nous pourrions aussi suivre l\u2019exemple tr\u00e8s int\u00e9ressant de la Chine. \u00a0Elle module les taux de r\u00e9serve obligatoire impos\u00e9s \u00e0 ses banques selon la destination des pr\u00eats qu\u2019elles distribuent. Pour freiner la bulle immobili\u00e8re, qui contribue par ailleurs \u00e0 l\u2019\u00e9talement urbain et aux \u00e9missions parce que les nouveaux habitants des villes doivent se loger loin du centre, elle a r\u00e9cemment relev\u00e9 ce taux \u00e0 19 %. Jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970, la France pratiquait cette modulation, mais avec la d\u00e9r\u00e9gulation bancaire, elle applique depuis un taux uniforme de 0,5 %. On ne r\u00e9ussira pas la transition \u00e9nerg\u00e9tique tant que l\u2019Etat n\u2019aura pas les moyens d\u2019assumer son r\u00f4le de r\u00e9gulation et d\u2019orientation, y compris dans le secteur de la finance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><strong>Conclusion<\/strong><\/h3>\n<p>Les acteurs financiers ont pris r\u00e9cemment compte des enjeux climatiques<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> . Le d\u00e9veloppement international en cours de la finance climat est ind\u00e9niablement une bonne nouvelle. Pour autant, il nous semble n\u00e9cessaire de mener de front le combat pour que la finance soit davantage r\u00e9gul\u00e9e dans l\u2019ensemble de ses compartiments.\u00a0 Les rendements excessifs, la volatilit\u00e9, l\u2019instabilit\u00e9 d\u00fbs \u00e0 une finance d\u00e9brid\u00e9e sont des obstacles \u00e0 lever dans la lutte contre le changement climatique, comme plus g\u00e9n\u00e9ralement pour un monde plus juste et durable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Un article d&rsquo;Alain Grandjean (1980) et Mireille Martini<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Alain Grandjean<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019Ecole Polytechnique et de l\u2019Ensae (1980), \u00e9conomiste, auteur de nombreux ouvrages, il est fondateur et associ\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 de conseil Carbone 4. Il est coauteur avec Pascal Canfin du rapport \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.elysee.fr\/communiques-de-presse\/article\/rapport-mobiliser-les-financements-pour-le-climat-de-pascal-canfin\/\">Mobiliser les financements pour le climat\u00a0<\/a>\u00bb remis au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique en juin 2015. Voir aussi le blog d\u2019Alain Grandjean\u00a0: <a href=\"https:\/\/alaingrandjean.fr\/\">https:\/\/alaingrandjean.fr\/<\/a><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Mireille Martini <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Financi\u00e8re, dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019Essec (1985), elle a travaill\u00e9 en financement de projets \u00e0 la CDC et \u00e0 la BERD \u00e0 Londres et est rapporteure de la commission Canfin-Grandjean sur le financement de la transition \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>Ils sont co-auteurs du livre \u00a0<em><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Financer-transition-%C3%A9nerg%C3%A9tique-Grandjean\/dp\/2708244981\">Financer la transition \u00e9nerg\u00e9tique<\/a><\/em>, Les \u00e9ditions de l\u2019Atelier, septembre 2016, r\u00e9cipiendaire du Prix du Livre des Economistes de l\u2019Energie et nomin\u00e9 pour le Prix du Livre de la Fondation de l\u2019Ecologie Politique, qui reprend de mani\u00e8re p\u00e9dagogique et document\u00e9e les principaux points \u00e9voqu\u00e9s dans cet article.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le monde financier lui-m\u00eame l\u2019\u00e9voque en ces termes\u00a0:\u00ab\u00a0Nos marches financiers sont devenus un casino comme ceux de Vegas, Macao ou \u00a0MonteCarlo, qui parient sur le fait qu\u2019une offre de cr\u00e9dit illimit\u00e9e g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les banques centrales peut r\u00e9ussir \u00a0\u00e0 regonfler les \u00e9conomies globales et revigorer la croissance nominale du PIB \u00e0 des niveaux plus faibles, mais quand m\u00eame acceptables dans le monde actuel tr\u00e8s endett\u00e9. \u00a0\u00bb Bill Gross, g\u00e9rant de l\u2019un des plus gros fonds obligataires mondiaux, \u00e0 l\u2019agence Reuters, \u00a0repris dans le Guardian du 4 octobre 2016<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir L\u2019ordre de la dette, Benjamin Lemoine, \u00e9ditions la d\u00e9couverte<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <a href=\"http:\/\/www.cae-eco.fr\/Reformer-le-Pacte-de-stabilite-et-de-croissance.html\">R\u00e9former le pacte de stabilit\u00e9 et de croissance<\/a>, D\u00e9cembre 2004.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.strategie.gouv.fr\/actualites\/combattre-prochaine-recession\">Combattre la prochaine r\u00e9cession\u00a0<\/a>\u00bb, Avril 2016<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir <a href=\"http:\/\/www.assemblee-nationale.fr\/14\/amendements\/4061A\/AN\/83.asp\">l\u2019amendement parlementaire<\/a> au projet de Loi de Finances 2017 approuv\u00e9 en France le Mercredi 19 Octobre 2016.<\/em><\/p>\n<p><em><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir l\u2019article r\u00e9cent de Novethic\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.novethic.fr\/isr-et-rse\/actualite-de-lisr\/isr-rse\/climat-la-finance-verte-rassemble-ses-forces-144136.html\">La Finance Verte rassemble ses forces\u00a0<\/a>\u00bb<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La \u00a0transition \u00e9nerg\u00e9tique indispensable pour rester dans une trajectoire climatique \u00ab\u00a0sous les deux degr\u00e9s\u00a0\u00bb compatible avec l\u2019accord de Paris, est, \u00e9conomiquement et \u00a0financi\u00e8rement,\u00a0 \u00e0 notre port\u00e9e. Nous en avons les moyens et les outils. 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