{"id":1767,"date":"2016-12-09T09:00:33","date_gmt":"2016-12-09T07:00:33","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=1767"},"modified":"2017-09-25T12:19:49","modified_gmt":"2017-09-25T10:19:49","slug":"difficultes-de-modelisation-macroeconomique-face-changement-climatique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=1767","title":{"rendered":"Les difficult\u00e9s de la mod\u00e9lisation macro\u00e9conomique face au changement climatique"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\">Les premiers travaux de la mod\u00e9lisation macro\u00e9conomique int\u00e9grant le changement climatique datent des ann\u00e9es 1970, faisant notamment suite au rapport Meadows et al. pour le Club de Rome (Halte \u00e0 la Croissance, 1972) qui installa durablement les probl\u00e9matiques \u00e9cologiques dans le d\u00e9bat public. La grande diversit\u00e9 des mod\u00e8les d\u00e9velopp\u00e9s depuis lors, que ce soit via leur p\u00e9rim\u00e8tre (temporel, g\u00e9ographique) et leur niveau de d\u00e9sagr\u00e9gation (r\u00e9gionale, sectorielle, etc.), via leur prise en compte des r\u00e9troactions du climat sur l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique ou encore via les m\u00e9canismes macro\u00e9conomiques repr\u00e9sent\u00e9s, t\u00e9moigne des difficult\u00e9s de la mod\u00e9lisation int\u00e9gr\u00e9e macro\u00e9conomie-climat<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Privil\u00e9gier l\u2019approche co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice\u00a0?<\/h3>\n<p><span style=\"color: #000000;\">La volont\u00e9 premi\u00e8re des macro\u00e9conomistes traitant du changement climatique \u00e9tait de comprendre \u00e0 quelles conditions les probl\u00e8mes li\u00e9s au changement climatique \u00e9taient soutenables pour l\u2019\u00e9conomie. L\u2019objectif est notamment de d\u00e9terminer le niveau d\u2019\u00e9missions optimal pour la soci\u00e9t\u00e9 et le co\u00fbt social du carbone \u00e0 consid\u00e9rer pour atteindre cet optimum.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ces questionnements s\u2019ins\u00e8rent dans une approche \u00ab\u00a0co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice\u00a0\u00bb, consistant \u00e0 peser, pour chaque action, le total des co\u00fbts attendus face au total des b\u00e9n\u00e9fices escompt\u00e9s, afin de d\u00e9terminer quelle action retenir. Cette approche requiert l\u2019int\u00e9gration d\u2019un module climatique dans les mod\u00e8les \u00e9conomiques afin de prendre en compte l\u2019impact du changement climatique sur l\u2019\u00e9conomie. Initi\u00e9s par les travaux de Nordhaus (1977, 1991), \u00e0 l\u2019origine du fameux mod\u00e8le DICE, ces mod\u00e8les (DICE, PAGES, FUND, etc.), parfois appel\u00e9s \u00ab\u00a0Integrated Assessment Models\u00a0\u00bb (IAM\u2019s), reposent, d\u2019une part, sur une fonction de bien-\u00eatre social, le plus souvent bas\u00e9e sur une maximisation intertemporelle de l\u2019utilit\u00e9 inspir\u00e9e du mod\u00e8le de Ramsay et sur une repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9conomie relativement agr\u00e9g\u00e9e, et, d\u2019autre part, sur une mod\u00e9lisation des interactions entre les \u00e9missions de GES, le r\u00e9chauffement climatique et les dommages \u00e9conomiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">La premi\u00e8re difficult\u00e9 de cet exercice r\u00e9side dans la mon\u00e9tarisation, en termes de perte de PIB ou de consommation, des dommages caus\u00e9s par le changement climatique. De nombreux travaux existent pour tenter d\u2019estimer ces \u00ab\u00a0fonctions de dommage \u00bb mais les incertitudes demeurent tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es. Les impacts sur le PIB de la hausse des temp\u00e9ratures estim\u00e9s par les premiers travaux publi\u00e9s sont relativement faibles\u00a0: une multiplication par deux des concentrations de CO2 induit une perte de PIB de l\u2019ordre de 1% pour DICE (Nordhaus 1993). Des travaux r\u00e9cents (Dietz et Stern, 2015) reprennent le mod\u00e8le DICE et montrent qu\u2019en rel\u00e2chant certaines hypoth\u00e8ses discutables concernant la mod\u00e9lisation des dommages, telles que la forme fonctionnelle de la fonction dommage, les r\u00e9sultats changent significativement. Le niveau de r\u00e9duction optimal des \u00e9missions par rapport au scenario de r\u00e9f\u00e9rence serait ainsi de 16% en 2015 et 27% en 2055 dans la version standard de DICE mais pourrait aller jusqu\u2019\u00e0 48% en 2015 puis 100% en 2055 avec le jeu d\u2019hypoth\u00e8ses le plus contrast\u00e9. Le co\u00fbt social du carbone en 2015 (en dollar 2005) passe lui de $161\/tCO2 \u00e0 $1206\/tCO2<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Afin de mieux fonder les fonctions de dommage, une litt\u00e9rature \u00e9mergente tente enfin d\u2019estimer, de mani\u00e8re \u00e9conom\u00e9trique, l\u2019effet d\u2019une hausse des temp\u00e9ratures sur les variables \u00e9conomiques en utilisant les disparit\u00e9s r\u00e9gionales ou temporelles (voir Dell et al. 2014 pour une revue de litt\u00e9rature). Cette m\u00e9thode semble conduire \u00e0 des dommages beaucoup plus \u00e9lev\u00e9s mais n\u2019est pas exempte de limites, concernant notamment la reproductibilit\u00e9 des r\u00e9sultats.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Si les \u00e9quipes de mod\u00e9lisateurs recherchent toujours des mani\u00e8res d\u2019int\u00e9grer des fonctions de dommage cr\u00e9dibles, celles-ci permettant notamment de valoriser \u00e0 juste titre les sc\u00e9narios d\u2019adaptation vis-\u00e0-vis de sc\u00e9narios \u00ab\u00a0business-as-usual\u00a0\u00bb, en mettant, en regard des co\u00fbts, les b\u00e9n\u00e9fices des mesures d\u2019adaptation<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, les difficult\u00e9s de construction des fonctions de dommage nous am\u00e8nent \u00e0 nous interroger\u00a0sur leur pertinence m\u00eame. Sommes-nous en mesure de pr\u00e9voir les impacts du changement climatique? Faut-il mesurer les impacts du changement climatique en termes de perte de PIB\u00a0? Au-del\u00e0 de 2\u00b0C de hausse des temp\u00e9ratures, \u00a0les sciences du climat nous disent que les incertitudes sont trop \u00e9lev\u00e9es et qu\u2019il est impossible de pr\u00e9dire l\u2019\u00e9volution des \u00e9cosyst\u00e8mes. Des \u00e9conomistes (Carleton, Hsiang, Burke, 2016) \u00e9tablissent en outre une relation robuste entre les changements climatiques et les conflits violents, l\u2019instabilit\u00e9 sociale, ce qui est pourtant rarement consid\u00e9r\u00e9 dans les dommages. Des travaux th\u00e9oriques (ex\u00a0: Weitzman Dismal Theory 2007) montrent enfin que des \u00e9v\u00e9nements \u00e0 probabilit\u00e9 tr\u00e8s faible peuvent avoir une contribution significative sur une d\u00e9cision s\u2019ils occasionnent des dommages cons\u00e9quents et irr\u00e9versibles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">La seconde difficult\u00e9 majeure de l\u2019analyse co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice r\u00e9side dans l\u2019\u00e9tablissement de la fonction de bien-\u00eatre social. Les d\u00e9bats se sont jusqu\u2019ici surtout cristallis\u00e9s autour du taux d\u2019actualisation retenu. Le fameux rapport Stern (2006), qui concluait que le \u00ab\u00a0laissez-faire\u00a0\u00bb serait plus co\u00fbteux pour l\u2019\u00e9conomie que la mise en place de politiques de lutte contre le changement climatique, reposait sur des r\u00e9sultats de mod\u00e9lisation (PAGES) induisant des dommages beaucoup plus importants que les travaux de Norhaus du fait notamment d\u2019un taux d\u2019actualisation plus faible. Cependant, le recours, majoritaire chez ces mod\u00e8les, \u00e0 une fonction de bien-\u00eatre social \u00ab\u00a0\u00e0 la Ramsay\u00a0\u00bb, et donc \u00e0 l\u2019actualisation, est en soi discutable. Si l\u2019on consid\u00e8re que le maintien d\u2019une temp\u00e9rature relativement temp\u00e9r\u00e9e est un imp\u00e9ratif vital, on peut notamment remettre en cause l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019actualiser les \u00e9missions de CO2 \u00e0 long terme.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><span style=\"color: #000000;\">Approche co\u00fbt-efficacit\u00e9<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Si, malgr\u00e9 toutes ces incertitudes, certaines institutions recourent \u00e0 l\u2019approche co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice pour d\u00e9terminer la valeur sociale du carbone<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, ce n\u2019est pas le choix retenu par le rapport Quinet de 2009 pour la mesure de la valeur sociale du carbone pour la France. L\u2019approche alternative retenue est l\u2019arbitrage \u00ab\u00a0co\u00fbt-efficacit\u00e9\u00a0\u00bb, qui consiste \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019action la moins co\u00fbteuse permettant d\u2019atteindre les objectifs de r\u00e9duction de CO2 pr\u00e9alablement fix\u00e9s, consid\u00e9rant que la d\u00e9termination de cet objectif n\u2019est pas du ressort de la science \u00e9conomique. Cette approche n\u2019en permet pas moins de d\u00e9terminer les instruments \u00e9conomiques les plus efficaces permettant d\u2019atteindre ces objectifs en \u00e9valuant leurs impacts macro\u00e9conomiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">\u00a0La communaut\u00e9 scientifique du GIEC s\u2019est \u00e9galement toujours montr\u00e9e r\u00e9serv\u00e9e quant aux approches co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice pour d\u00e9terminer le niveau optimal de dommage, privil\u00e9giant l\u2019approche co\u00fbt-efficacit\u00e9 et la prise en compte de l\u2019incertitude \u00e0 travers une multitude de scenarios de hausse de temp\u00e9rature possibles. La mise en \u0153uvre des propositions des deux rapports Canfin-Grandjean et Canfin-Grandjean-Mestrallet (2015, 2016), sur la prise en compte de l\u2019objectif de \u00ab\u00a02 degr\u00e9s\u00a0\u00bb dans les mod\u00e8les et les pr\u00e9visions \u00e9conomiques officiels et sur l\u2019\u00e9largissement de la tarification du carbone, ne manqueront pas d\u2019ailleurs de rouvrir prochainement les discussions sur les approches \u00e0 retenir pour quantifier la valeur sociale du carbone.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Contrairement aux pr\u00e9c\u00e9dents mod\u00e8les, les mod\u00e8les issus de cette approche s\u2019efforcent surtout de repr\u00e9senter de mani\u00e8re explicite les liens entre les activit\u00e9s \u00e9conomiques et les causes du changement climatique, i.e. les \u00e9missions de Gaz \u00e0 Effet de Serre (GES, dont le CO2), ceci afin de rendre les plus concr\u00e8tes et r\u00e9alistes possibles les strat\u00e9gies de r\u00e9duction des \u00e9missions. Ils contribuent notamment aux travaux synth\u00e9tis\u00e9s dans le chapitre 6 du rapport du GIEC \u00ab\u00a0Assessing Transformation Pathways\u00a0\u00bb (mod\u00e8le WITCH <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/www.witchmodel.org\/\">http:\/\/www.witchmodel.org\/<\/a>, mod\u00e8le IMACLIM d\u00e9velopp\u00e9 par le CIRED, etc.).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">L\u2019impact macro\u00e9conomique des politiques publiques du changement climatique, au premier rang desquelles les signaux prix (taxe carbone) est principalement d\u00e9termin\u00e9 par 1\/ les possibilit\u00e9s de substitution \u00e0 l\u2019\u00e9nergie d\u2019autres facteurs de production et d\u2019autres biens de consommation, 2\/ les substitutions entre \u00e9nergies elles-m\u00eames et entre les divers modes de production \u00e9nerg\u00e9tiques (ENR vs centrales thermiques) et 3\/ le progr\u00e8s technique, \u00e0 savoir ici l\u2019augmentation de la production sans augmentation de la consommation d\u2019\u00e9nergie. L\u2019importance de la substituabilit\u00e9 entre les facteurs de production et du progr\u00e8s technique est d\u2019ailleurs un r\u00e9sultat ancien de la litt\u00e9rature \u00e9conomique. D\u00e8s les travaux de Jevons (The Coal Question, 1865), pr\u00e9curseur de l\u2019approche de la soutenabilit\u00e9 qui \u00e9tudia l\u2019influence de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique de charbon sur l\u2019\u00e9conomie anglaise pendant la R\u00e9volution Industrielle, la rar\u00e9faction des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e9puisables conduit \u00e0 la d\u00e9croissance en l\u2019absence de substituabilit\u00e9 entre les facteurs de production et de progr\u00e8s technique (Pottier, 2014). Stiglitz (1974) montre encore, qu\u2019en pr\u00e9sence de\u00a0ressources naturelles \u00e9puisables, \u00a0la croissance r\u00e9guli\u00e8re de la consommation n\u2019est possible \u00a0qu\u2019en pr\u00e9sence de facteurs de production (capital et ressources naturelles) substituables et\/ou de progr\u00e8s technique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Les principales difficult\u00e9s de ces mod\u00e8les r\u00e9sident donc dans la d\u00e9sagr\u00e9gation de l\u2019\u00e9conomie et la repr\u00e9sentation des substitutions \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et du progr\u00e8s technique. La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 d\u00e9sagr\u00e9ger la production en plusieurs secteurs relativement homog\u00e8nes d\u2019un point de vue \u00e9nerg\u00e9tique et \u00e0 introduire l\u2019\u00e9nergie et les mati\u00e8res premi\u00e8res dans la fonction de production. Parmi les principaux mod\u00e8les fran\u00e7ais, IMACLIM (CIRED) d\u00e9sagr\u00e8ge en 13 secteurs,\u00a0 Nemesis (Seureco) en 30 et ThreeME (OFCE-ADEME) en 24 secteurs dont 4 secteurs \u00e9nerg\u00e9tiques, avec dix-sept sous-secteurs \u00e9nerg\u00e9tiques (France Strat\u00e9gie 2015). Afin de mieux distinguer les rigidit\u00e9s de court terme et les flexibilit\u00e9s de long terme dans la substitution entre les facteurs de production, certains mod\u00e8les, comme IMACLIM, recourent \u00e9galement, \u00e0 des fonctions de production \u00e0 g\u00e9n\u00e9ration de capital install\u00e9 fixe et \u00e0 dur\u00e9e de vie limit\u00e9e (fonction \u00ab\u00a0putty-clay\u00a0\u00bb). La d\u00e9sagr\u00e9gation en fonctions de production sectorielles permet en outre de r\u00e9pondre, partiellement, aux critiques pesant sur la fonction de production agr\u00e9g\u00e9e<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Le m\u00eame travail de d\u00e9sagr\u00e9gation est n\u00e9cessaire du c\u00f4t\u00e9 de la consommation. Ces mod\u00e8les s\u2019efforcent d\u2019inclure une repr\u00e9sentation explicite des consommations \u00e9nerg\u00e9tiques, dans laquelle l\u2019\u00e9nergie est consid\u00e9r\u00e9e comme un bien compl\u00e9mentaire aux biens durables \u00e9nerg\u00e9tiques (ex\u00a0: chaudi\u00e8re, voiture) qui n\u2019est pas d\u00e9sir\u00e9e en soi mais pour le \u00ab\u00a0service \u00e9nerg\u00e9tique\u00a0\u00bb (ex\u00a0: confort thermique du logement, mobilit\u00e9, etc.) qu\u2019elle rend. Cette repr\u00e9sentation passe notamment par l\u2019int\u00e9gration de mod\u00e8les technico-\u00e9conomiques \u00ab\u00a0bottom-up\u00a0\u00bb repr\u00e9sentant la dynamique des stocks de biens durables \u00e9nerg\u00e9tiques dans les mod\u00e8les macro\u00e9conomiques \u00ab\u00a0top-down\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9rant ainsi des difficult\u00e9s techniques li\u00e9es aux interactions stocks\/flux. Un exercice r\u00e9cent de comparaison des mod\u00e8les macro\u00e9conomie-climat fran\u00e7ais conduit par France Strat\u00e9gie\u00a0(2015) illustre bien l\u2019impact des diff\u00e9rents choix de mod\u00e9lisation sur les vecteurs de r\u00e9duction des \u00e9missions suite \u00e0 une hausse de prix de l\u2019\u00e9nergie\u00a0: la r\u00e9duction des \u00e9missions de CO2 obtenue est diff\u00e9rente d&rsquo;un mod\u00e8le \u00e0 l&rsquo;autre, r\u00e9sultant davantage d\u2019une plus grande efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique (dans les processus de production ou en lien avec une moindre consommation d\u2019\u00e9nergie pour les m\u00e9nages), ou d\u2019une recomposition endog\u00e8ne du <em>mix <\/em>\u00e9nerg\u00e9tique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Le calibrage ou l\u2019estimation des tr\u00e8s nombreux param\u00e8tres est enfin rendue complexe par l\u2019absence de donn\u00e9es, le plus souvent issues de la comptabilit\u00e9 nationale, \u00e0 ces niveaux fins de d\u00e9sagr\u00e9gation. L\u2019absence de correspondance dans la comptabilit\u00e9 nationale entre les flux physiques et les flux mon\u00e9taires des mati\u00e8res premi\u00e8res requiert \u00e9galement d\u2019importants travaux d\u2019hybridation des donn\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3><span style=\"color: #000000;\">Conclusion\u00a0: questionnement sur la macro\u00e9conomie<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Enfin, les mod\u00e8les macro\u00e9conomie-climat n\u2019\u00e9chappent pas aux difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 la mod\u00e9lisation des m\u00e9canismes macro\u00e9conomiques. Les hypoth\u00e8ses retenues ne sont pourtant pas neutres sur les impacts macro\u00e9conomiques (sur l\u2019emploi, le PIB) des politiques publiques de lutte contre le changement climatique. Dans des mod\u00e8les d\u2019offre en \u00e9quilibre statique, les politiques publiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique peuvent sembler co\u00fbteuses en termes de PIB, induisant par exemple des effets d\u2019\u00e9viction entre investissements priv\u00e9s et publics. La prise en compte des effets d\u2019entra\u00eenement des investissements d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique via le multiplicateur keyn\u00e9sien peut en revanche g\u00e9n\u00e9rer de la croissance \u00e0 court terme (et \u00e0 long terme via le suppl\u00e9ment d\u2019accumulation du capital endog\u00e8ne), comme le montrent les simulations du mod\u00e8le ThreeME des sc\u00e9narios de transition \u00e9nerg\u00e9tique de l\u2019ADEME\u00a0: les \u00ab\u00a0visions \u00e9nerg\u00e9tiques 2030-2050\u00a0\u00bb<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> et le \u00ab\u00a0Mix \u00e9lectrique 100% renouvelable \u00e0 2050\u00a0\u00bb<a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. \u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dans le contexte actuel de remise en question de la macro\u00e9conomie (Blanchard, 2016, Romer, 2016), des travaux \u00e9mergents cherchent \u00e0 montrer que les choix de mod\u00e9lisation des m\u00e9canismes macro\u00e9conomiques impactent significativement la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9conomie consid\u00e8re le probl\u00e8me du changement climatique. Les travaux en cours de Giraud et al. (2016) tentent notamment, \u00e0 partir de mod\u00e9lisation macro\u00e9conomique non standard \u00ab\u00a0\u00e0 la Goodwin-Keen\u00a0\u00bb, dont une mod\u00e9lisation explicite du r\u00f4le de l\u2019endettement priv\u00e9, de voir dans quelle mesure les impacts du changement climatique peuvent conduire \u00e0 la r\u00e9cession \u00e9conomique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Enfin, de nombreux autres travaux, d\u2019\u00e9conomistes mais \u00e9galement de chercheurs d\u2019autres disciplines, existent en marge des approches de mod\u00e9lisation classiques et interrogent le lien entre ressources, changement climatique et croissance \u00e9conomique. La r\u00e9cente th\u00e8se d\u2019Antonin Pottier (2014), qui \u00e9tudie la fa\u00e7on dont l\u2019\u00a0Economie, mais aussi l\u2019Histoire, ont historiquement trait\u00e9 la question de l\u2019Environnement, que ce soit via le sujet des ressources \u00e9puisables, de la pollution puis plus r\u00e9cemment du changement climatique, peut servir d\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re au lecteur curieux\u00a0!<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<h3><span style=\"color: #000000;\">Biblio<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Mobiliser les financements pour le climat, Une feuille de route pour financer une \u00e9conomie d\u00e9carbonn\u00e9e., Rapport de la commission P. Canfin, A. Grandjean, 2016.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Propositions pour des prix du carbone align\u00e9s avec l\u2019accord de Paris, Rapport de la mission P. Canfin, A. Grandjean, G. Mestrallet, 2016<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">ADEME, MIX \u00c9LECTRIQUE 100% RENOUVELABLE \u00c0 2050, Evaluation Macro\u00e9conomique, 2016, <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/www.ademe.fr\/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations\">http:\/\/www.ademe.fr\/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations<\/a><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">ADEME, Evaluation macro\u00e9conomique des visions \u00e9nerg\u00e9tiques 2030-2050 de l&rsquo;ADEME, 2013, <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/www.ademe.fr\/evaluation-macroeconomique-visions-energetiques-2030-2050-lademe-l\">http:\/\/www.ademe.fr\/evaluation-macroeconomique-visions-energetiques-2030-2050-lademe-l<\/a><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">La valeur tut\u00e9laire du carbone, Rapport de la commission pr\u00e9sid\u00e9e par Alain Quinet, 2009, Centre d\u2019Analyse Strat\u00e9gique<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Blanchard O., Do DSGE Models Have a Future? Policy Brief PIIE, 2016<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Boitier B, Callonnec G., Douillard P., \u00c9paulard A., Ghersi F., Masson E., Mathy S., La transition \u00e9nerg\u00e9tique vue par les mod\u00e8les macro\u00e9conomiques, documents de travail, France Strat\u00e9gie, 2015<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Carleton, T., Hsiang, S. &amp; Burke, M. Eur. Phys. J. Spec. Top. (2016) 225: 489. doi:10.1140\/epjst\/e2015-50100-5<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Clarke L., K. Jiang, K. Akimoto, M. Babiker, G. Blanford, K. Fisher-Vanden, J.-C. Hourcade, V. Krey, E. Kriegler, A. L\u00f6schel,<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dietz, S., Stern, N., Endogenous growth, convexity of damages and climate risk: how Nordhaus&rsquo; framework supports deep cuts in carbon emissions, The Economic Journal (2015), Volume 125, Issue 583, Pages 574\u2013620<\/span><\/p>\n<ol>\n<li><span style=\"color: #000000;\">McCollum, S. Paltsev, S. Rose, P. R. Shukla, M. Tavoni, B. C. C. van der Zwaan, and D.P. van Vuuren, 2014: Assessing Transformation Pathways. In: Climate Change 2014: Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change [Edenhofer, O., R. Pichs-Madruga, Y. Sokona, E. Farahani, S. Kadner, K. Seyboth, A. Adler, I. Baum, S. Brunner, P. Eickemeier, B. Kriemann, J. Savolainen, S. Schl\u00f6mer, C. von Stechow, T. Zwickel and J.C. Minx (eds.)]. Cambridge University Press, Cambridge, United Kingdom and New York, NY, USA.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pottier, A. L\u2019\u00e9conomie dans l\u2019impasse climatique : d\u00e9veloppement mat\u00e9riel, th\u00e9orie immat\u00e9rielle et utopie auto-stabilisatrice, EHESS, CIRED, 2014<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">GIRAUD, G., F. Mc ISAAC, E. BOVARI and E. ZATSEPINA (2016), \u201cCoping with the Collapse: A Stock-Flow Consistent Monetary Macrodynamics of Global Warming\u201d, <em>AFD Redearch Papers<\/em>, No. 2016-29, August. Dell, Melissa, Benjamin F. Jones and Benjamin A. Olken. 2012.\u00a0\u00bbTemperature Shocks and Economic Growth: Evidence from the Last Half Century.\u00a0\u00bbAmerican Economic Journal: Macroeconomics, 4(3): 66-95.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Dell, Melissa, Benjamin F. Jones and Benjamin A. Olken. 2014. \u00ab\u00a0What Do We Learn from the Weather? The New Climate-Economy Literature.\u00a0\u00bb Journal of Economic Literature, 52(3): 740-98.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Nordhaus, W. D., 1991. To slow or not to slow: the economics of the greenhouse<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">e_ect. Economic Journal 101 (407), 920_937.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Romer P., The Trouble With Macroeconomics, Stern School of Business New York University, 2016<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Technical Update of the Social Cost of Carbon for Regulatory Impact Analysis, Interagency Working Group on Social Cost of Carbon, United States Government , 2013<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Pour une pr\u00e9sentation synth\u00e9tique de ces mod\u00e8les et de leurs principaux r\u00e9sultats, voir La lettre Strat\u00e9gie de l\u2019ADEME Num\u00e9ro 46 \u00ab\u00a0Soutenir la mutation emploi de la transition bas carbone\u00a0\u00bb, Novembre 2015.<\/span><\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Les r\u00e9sultats \u00e9tant exprim\u00e9s en $\/tC dans l\u2019article et une tonne de C02 \u00e9quivaut \u00e0 44\/12 tonne de carbone.<\/span><\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Les politiques d\u2019adaptation du changement climatique visent \u00e0 pr\u00e9server nos soci\u00e9t\u00e9s contre les effets du changement climatique, \u00e0 distinguer des politiques d\u2019att\u00e9nuation, qui visent \u00e0 r\u00e9duire le changement climatique.<\/span><\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Aux Etats-Unis, les mod\u00e8les DICE, PAGE, FUND sont utilis\u00e9s par l\u2019Inter-Agency Working Group\u00a0pour d\u00e9terminer la valeur sociale du carbone \u00e0 prendre en compte par l\u2019EPA.<\/span><\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Les diff\u00e9rents types de capitaux physiques \u00e9tant incommensurables entre eux, l\u2019agr\u00e9gation au sein d\u2019une unique fonction de production de ces capitaux est r\u00e9alis\u00e9e en valeur et est donc fonction du syst\u00e8me des prix, l\u00e0 o\u00f9 une relation physique entre les facteurs de production devrait \u00eatre ind\u00e9pendante du syst\u00e8me des prix. L\u2019usage de fonction de production agr\u00e9g\u00e9e ne renseignerait donc en rien sur les possibilit\u00e9s techniques de substitution entre les facteurs de production (Pottier, 2014).<\/span><\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/www.ademe.fr\/evaluation-macroeconomique-visions-energetiques-2030-2050-lademe-l\">http:\/\/www.ademe.fr\/evaluation-macroeconomique-visions-energetiques-2030-2050-lademe-l<\/a><\/span><\/em><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/www.ademe.fr\/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations\">http:\/\/www.ademe.fr\/mix-electrique-100-renouvelable-analyses-optimisations<\/a><\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les premiers travaux de la mod\u00e9lisation macro\u00e9conomique int\u00e9grant le changement climatique datent des ann\u00e9es 1970, faisant notamment suite au rapport Meadows et al. pour le Club de Rome (Halte \u00e0 la Croissance, 1972) qui installa durablement les probl\u00e9matiques \u00e9cologiques dans le d\u00e9bat public. 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