{"id":1577,"date":"2025-06-06T17:05:39","date_gmt":"2025-06-06T15:05:39","guid":{"rendered":"http:\/\/variances.eu\/?p=1577"},"modified":"2025-06-12T15:39:06","modified_gmt":"2025-06-12T13:39:06","slug":"tete-daffiche-sebastiao-salgado-photographe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/variances.eu\/?p=1577","title":{"rendered":"T\u00eate d&rsquo;affiche : Sebasti\u00e3o Salgado, photographe"},"content":{"rendered":"<div><em><span style=\"color: #000000;\">Sebasti\u00e3o Salgado nous a quitt\u00e9s il y a quelques jours. Ses photographies grand format, en noir et blanc, t\u00e9moignent depuis des d\u00e9cennies des trag\u00e9dies humaines et environnementales que l\u2019Homme inflige \u00e0 la plan\u00e8te et \u00e0 ses habitants. Mais avant d\u2019\u00eatre cet immense photographe franco-br\u00e9silien, humaniste, militant infatigable, Sebasti\u00e3o Salgado fut un \u00e9tudiant en \u00e9conomie, engag\u00e9 \u00e0 gauche que la dictature militaire poussa \u00e0 fuir son pays. Ce fut la France que S\u00e9basti\u00e3o choisit pour poursuivre ses \u00e9tudes &#8230; \u00e0 l\u2019Ensae !<\/span><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em><span style=\"color: #000000;\">En 2014, lorsque nous l\u2019avions sollicit\u00e9 pour variances, sa surprise nous amusa mais sa r\u00e9ponse enthousiaste fut imm\u00e9diate. Il consacra \u00e0 variances une matin\u00e9e enti\u00e8re, alors m\u00eame que son exposition G\u00e9n\u00e9sis l\u2019occupait \u00e0 temps complet. Il nous re\u00e7ut avec beaucoup de curiosit\u00e9 et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Enfin, lorsque nous lui demand\u00e2mes, &#8211; sans trop y croire -, s\u2019il accepterait que nous illustrions notre article avec une ou deux de ses photos, sa r\u00e9ponse nous laissa sans voix : \u00ab\u00a0choisissez tout ce que vous voulez pour variances, mon catalogue est \u00e0 votre disposition, sans limite\u00a0\u00bb* !<\/span><\/em><\/div>\n<div><\/div>\n<div><em><span style=\"color: #000000;\">\u00c0 l\u2019occasion de la disparition de Sebasti\u00e3o Salgado, nous publions \u00e0 nouveau cette interview. Elle \u00e9claire d\u2019un angle inattendu ce magicien du cadrage qui \u00a0n\u2019a cess\u00e9 de lutter pour un monde plus juste, plus humain, plus \u00e9cologiste.<\/span><\/em><\/div>\n<hr \/>\n<p><span style=\"color: #000000;\">A l&rsquo;occasion de sa nomination \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des Beaux-Arts cette ann\u00e9e, nous vous proposons\u00a0de retrouver ici le portrait de Sebasti\u00e3o Salgado, initialement paru dans le num\u00e9ro 49 de Variances (f\u00e9vrier 2014)<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6017\" src=\"http:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Var49-Salgado_v2.jpg\" alt=\"\" width=\"491\" height=\"491\" srcset=\"https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Var49-Salgado_v2.jpg 491w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Var49-Salgado_v2-150x150.jpg 150w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Var49-Salgado_v2-300x300.jpg 300w, https:\/\/variances.eu\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/Var49-Salgado_v2-440x440.jpg 440w\" sizes=\"(max-width: 491px) 100vw, 491px\" \/><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><em>De passage \u00e0 Paris entre un reportage en Am\u00e9rique Centrale et le transfert de son exposition Genesis de la Maison Europ\u00e9enne de la Photographie de Paris au CaixaForum de Madrid, Sebasti\u00e3o Salgado nous re\u00e7oit et nous parle avec passion de sa vie de photographe marqu\u00e9e par ses \u00e9tudes d\u2019\u00e9conomie men\u00e9es en partie \u00e0 l\u2019ENSAE. <\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Sebasti\u00e3o Salgado na\u00eet au Br\u00e9sil en 1944 dans l\u2019\u00e9tat du Minas Gerais, dans la vall\u00e9e du rio Doce, c\u00e9l\u00e8bre pour ses mines de fer et d\u2019or. Il y passe une enfance tr\u00e8s heureuse sur les terres de sa famille \u00e0 parcourir \u00e0 cheval les immenses territoires de ce pays aux dimensions extraordinaires aux c\u00f4t\u00e9s de son p\u00e8re, pharmacien devenu fermier \u00e0 la suite de\u00a0ses engagements r\u00e9volutionnaires.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Les ann\u00e9es 50 voient le Br\u00e9sil amorcer un\u00a0d\u00e9veloppement \u00e9conomique et industriel sans\u00a0pr\u00e9c\u00e9dent apr\u00e8s 400 ans de somnolence\u00a0(naissance des premi\u00e8res entreprises\u00a0automobiles d\u00e8s 1950, cr\u00e9ation de Brasilia\u00a0en 1960). Sebasti\u00e3o Salgado, d\u00e9sireux de\u00a0participer activement \u00e0 ce mouvement, choisit\u00a0d\u2019\u00e9tudier l\u2019\u00e9conomie et se pr\u00e9pare ainsi \u00e0\u00a0devenir un des cadres du Br\u00e9sil en \u00e9mergence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pour r\u00e9pondre aux besoins croissants de main\u00a0d\u2019\u0153uvre industrielle, la population rurale\u00a0br\u00e9silienne se d\u00e9place en masse vers les villes\u00a0(en 1950, plus de 90 % des Br\u00e9siliens vivent \u00e0\u00a0la campagne, dix ans plus tard ils ne sont plus\u00a0que 80 %, et de nos jours seulement 10 %) et\u00a0s\u2019y paup\u00e9rise, pendant que s\u2019organisent de\u00a0vastes mouvements r\u00e9volutionnaires inspir\u00e9s du\u00a0marxisme ou de la gauche chr\u00e9tienne. Sebasti\u00e3o\u00a0Salgado milite activement dans ces mouvements\u00a0tout en obtenant son dipl\u00f4me du premier master\u00a0d\u2019\u00e9conomie du Br\u00e9sil, juste cr\u00e9\u00e9. Il s\u2019y forme \u00e0 la\u00a0macro\u00e9conomie, \u00e0 l\u2019\u00e9conom\u00e9trie, \u00e0 l\u2019\u00e9conomie\u00a0politique et \u00e0 la finance publique et travaille sur\u00a0les mod\u00e8les \u00e9conomiques capables d\u2019impulser\u00a0d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social \u00e0 l\u2019aide de\u00a0pr\u00e9vision et de r\u00e9gulation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">En 1964, le coup d\u2019Etat du mar\u00e9chal Castelo\u00a0Branco instaure brutalement un r\u00e9gime militaire\u00a0qui va durer pr\u00e8s de vingt ans. Les mouvements\u00a0d\u2019opposition auxquels participe Sebasti\u00e3o sont\u00a0pourchass\u00e9s et leurs membres contraints \u00e0 la\u00a0clandestinit\u00e9 ou \u00e0 l\u2019exil.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Trois choix s\u2019ouvraient \u00e0 nous : l\u2019exil vers les\u00a0Etats-Unis, le d\u00e9part vers le bloc sovi\u00e9tique et une\u00a0troisi\u00e8me voie, celle de la France. Le Br\u00e9sil est un\u00a0pays extraordinairement francophile, \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0les enfants br\u00e9siliens apprenaient le fran\u00e7ais\u00a0d\u00e8s le coll\u00e8ge bien avant d\u2019\u00e9tudier l\u2019anglais,\u00a0et chaque ville de plus de 100 000 habitants\u00a0poss\u00e9dait une Alliance fran\u00e7aise. C\u2019est d\u2019ailleurs\u00a0\u00e0 l\u2019Alliance fran\u00e7aise de Vitoria que j\u2019ai rencontr\u00e9\u00a0L\u00e9lia qui allait devenir ma femme, la m\u00e8re de\u00a0mes enfants et la compagne de tous mes projets.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Cela explique qu\u2019\u00e0 l\u2019heure du d\u00e9part, de tr\u00e8s\u00a0nombreux intellectuels br\u00e9siliens choisirent\u00a0la France pour terre d\u2019exil, confiants dans la\u00a0capacit\u00e9 de ce pays \u00e0 les accueillir et, pour les\u00a0plus jeunes dont je faisais partie, \u00e0 les aider \u00e0\u00a0poursuivre leur formation. \u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Sebasti\u00e3o quitte le Br\u00e9sil en 1969 pour Paris,\u00a0s\u2019installe avec L\u00e9lia \u00e0 la cit\u00e9 universitaire du\u00a0boulevard Jourdan et s\u2019inscrit \u00e0 l\u2019ENSAE ainsi\u00a0qu\u2019\u00e0 l\u2019EHESS pour y pr\u00e9parer un doctorat de 3\u00b0\u00a0cycle en \u00e9conomie agricole.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Les \u00e9tudiants br\u00e9siliens connaissaient et\u00a0admiraient les travaux d\u2019Edmond Malinvaud.\u00a0Le choix de l\u2019ENSAE fut donc pour moi\u00a0une \u00e9vidence car je savais y trouver les\u00a0enseignements de macro\u00e9conomie et de\u00a0sociologie quantitative qui, associ\u00e9s aux \u00e9tudes\u00a0d\u2019\u00e9conomie et de g\u00e9opolitique marxiste que\u00a0je suivais \u00e0 l\u2019EHESS, me permettraient de\u00a0compl\u00e9ter ma formation en apprenant des\u00a0meilleurs.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ce fut tr\u00e8s dur ! Je ne parlais pas suffisamment\u00a0bien le fran\u00e7ais pour ne pas devoir faire\u00a0beaucoup d\u2019efforts et, surtout, je n\u2019avais\u00a0pas imagin\u00e9 le niveau d\u2019excellence des\u00a0enseignements de math\u00e9matique th\u00e9orique de\u00a0l\u2019ENSAE qui \u00e9taient beaucoup plus approfondis\u00a0qu\u2019\u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Sao Paulo. Beaucoup de\u00a0travail donc, associ\u00e9 \u00e0 des activit\u00e9s alimentaires\u00a0pour compl\u00e9ter les faibles moyens de\u00a0subsistance d\u2019un exil\u00e9 ! Mais une formidable\u00a0ouverture, une formation de tr\u00e8s haut niveau \u00e0\u00a0la r\u00e9flexion \u00e9conomique, un apprentissage des\u00a0m\u00e9thodes d\u2019analyse sociale (merci aux cours de\u00a0Pierre Bourdieu !) et une capacit\u00e9 \u00e0 comprendre\u00a0le fonctionnement des syst\u00e8mes et l\u2019influence des\u00a0diff\u00e9rentes variables qui font encore aujourd\u2019hui\u00a0partie de moi et permettent \u00e0 mes reportages et\u00a0\u00e0 mes projets d\u2019exister et de prendre tout leur\u00a0sens. \u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Deux ans apr\u00e8s son arriv\u00e9e en France, Sebasti\u00e3o\u00a0renonce \u00e0 finir son doctorat pour accepter la\u00a0proposition de l\u2019Organisation internationale du\u00a0caf\u00e9 (ICO) qui lui offre un poste d\u2019\u00e9conomiste\u00a0international dans sa banque d\u2019investissement\u00a0et la responsabilit\u00e9 directe de cinq pays africains\u00a0(l\u2019Ouganda, le K\u00e9nya, le Congo, le Burundi et le\u00a0Rwanda) dans lesquels il va initier et d\u00e9velopper\u00a0des projets de diversification de la culture du\u00a0caf\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9valu\u00e9 leur viabilit\u00e9 et leur\u00a0retour sur investissement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Ce sont deux ann\u00e9es de voyages en Afrique,\u00a0notamment au Rwanda o\u00f9 il lance, avec l\u2019aide\u00a0financi\u00e8re de la Banque Mondiale et de la FAO ,\u00a0un vaste programme de culture du th\u00e9, appel\u00e9\u00a0\u00ab le th\u00e9 villageois \u00bb pour signifier la capacit\u00e9 de\u00a0ce programme \u00e0 nourrir 30 000 familles qui\u00a0produisaient ce th\u00e9 sur leurs propres terres, de\u00a0mani\u00e8re autonome.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Vingt ans plus tard, en 1991, devenu\u00a0photographe, Sebasti\u00e3o ira constater la\u00a0formidable r\u00e9ussite de ce programme lors d\u2019un\u00a0voyage dans la r\u00e9gion du lac Kivu pour son\u00a0projet \u00ab La Main de l\u2019homme \u00bb. Le th\u00e9 rwandais\u00a0sera devenu, \u00e0 ce moment-l\u00e0, le \u00ab meilleur \u00bb\u00a0du monde puisque le plus cot\u00e9 \u00e0 la Bourse de\u00a0Londres.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Ces ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 l\u2019Organisation\u00a0internationale du caf\u00e9 furent une p\u00e9riode\u00a0tr\u00e8s int\u00e9ressante. La tradition du caf\u00e9 est\u00a0profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la culture de\u00a0tout br\u00e9silien. Travailler sur des projets de\u00a0diversification pour pr\u00e9server l\u2019\u00e9quilibre\u00a0\u00e9conomique de cette culture \u00e9tait pour moi\u00a0un objectif qui trouvait tout son sens dans ma\u00a0propre histoire et me permettait d\u2019appliquer\u00a0concr\u00e8tement ce que mes \u00e9tudes m\u2019avaient\u00a0enseign\u00e9.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mais cette p\u00e9riode fut aussi celle d\u2019une\u00a0d\u00e9couverte essentielle : celle du sens que\u00a0prenait la vie lorsque je la regardais \u00e0 travers\u00a0le viseur d\u2019un appareil photo ! J\u2019\u00e9tais encore\u00a0\u00e0 l\u2019ENSAE lorsque, pour la premi\u00e8re fois, j\u2019ai\u00a0utilis\u00e9 l\u2019appareil r\u00e9cemment achet\u00e9 par L\u00e9lia.\u00a0Ce fut une r\u00e9v\u00e9lation. Difficile d\u2019expliquer avec\u00a0des mots le sentiment qu\u2019en faisant ce geste\u00a0une partie de moi-m\u00eame m\u2019\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e; je\u00a0trouvai dans ce regard si particulier qui est\u00a0celui du photographe la concr\u00e9tisation de ce\u00a0qu\u2019intellectuellement je comprenais de la vie\u00a0qui m\u2019entourait. J\u2019ai alors d\u00e9cid\u00e9 d\u2019utiliser ce\u00a0langage pour regarder et dire; ma formation\u00a0d\u2019\u00e9conomiste me permettant d\u2019ajouter une\u00a0troisi\u00e8me dimension essentielle : regarder,\u00a0comprendre et dire.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et en 1973, je refuse la proposition de\u00a0rejoindre la Banque Mondiale pour ne plus me\u00a0consacrer qu\u2019\u00e0 la photo et devenir ce que je suis\u00a0aujourd\u2019hui, un photographe. \u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Commencent pour le jeune photographe\u00a0Sebasti\u00e3o Salgado des ann\u00e9es de reportages,\u00a0de tr\u00e8s nombreux voyages en Afrique mais aussi\u00a0en Am\u00e9rique latine, au Br\u00e9sil\u2026 Partout, pour\u00a0l\u2019agence Gamma \u00e0 partir de 1975, puis pour\u00a0Magnum pendant pr\u00e8s de vingt ans, Sebasti\u00e3o\u00a0parcourt le monde et photographie ce qu\u2019il\u00a0voit pour t\u00e9moigner de ce qu\u2019il comprend et\u00a0ressent. Partout l\u2019interpellent les choix politiques\u00a0qui, dit-il, pour l\u2019enrichissement d\u2019une minorit\u00e9,\u00a0engendrent des d\u00e9r\u00e8glements sociaux et\u00a0\u00e9conomiques profonds, la paup\u00e9risation,\u00a0la famine et les migrations de populations\u00a0enti\u00e8res, les r\u00e9volutions et les guerres civiles, et\u00a0l\u2019exploitation suicidaire de notre terre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab En devenant photographe, je devenais ce\u00a0que je suis profond\u00e9ment : un t\u00e9moin qui dit\u00a0ce qu\u2019il voit et comprend. Tous ces reportages\u00a0ont \u00e9t\u00e9 initi\u00e9s, construits, men\u00e9s pour raconter\u00a0une histoire : celle des populations que j\u2019allais\u00a0photographier pour dire ce qu\u2019elles vivaient.\u00a0La photographie a le pouvoir de produire des\u00a0images qui sont des coupures de plans. Ce sont\u00a0des fractions de secondes qui racontent des\u00a0histoires compl\u00e8tes.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ma formation d\u2019\u00e9conomiste et mon int\u00e9r\u00eat\u00a0toujours aigu pour les indicateurs \u00e9conomiques\u00a0(pas un jour pour moi &#8211; sauf lorsque je suis au\u00a0bout du monde sur une terre vierge ! &#8211; sans\u00a0les Echos, Bloomberg, le Financial Times\u2026)\u00a0me donnent les bases de d\u00e9cryptage de ce\u00a0que je vois en tenant compte de toutes les\u00a0variables historique, politique, \u00e9conomique,\u00a0sociale et de leurs interactions. Cette capacit\u00e9\u00a0de compr\u00e9hension et de synth\u00e8se me donne\u00a0la facult\u00e9 de trouver l\u2019angle juste de l\u2019histoire\u00a0que je veux raconter. La mani\u00e8re que je choisis\u00a0pour cadrer un visage, travailler la lumi\u00e8re et la\u00a0composition, associer des images, tirer tel fil de\u00a0l\u2019histoire plut\u00f4t qu\u2019un autre n\u2019a de sens que parce\u00a0que je cherche \u00e0 comprendre ce qu\u2019il se passe.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">C\u2019est aussi pour cela que, tr\u00e8s vite, mes\u00a0reportages sont devenus de grands projets.\u00a0L\u00e0 encore ma formation d\u2019\u00e9conomiste m\u2019aide\u00a0\u00e0 monter des projets, en g\u00e9rant, avec l\u2019aide\u00a0inestimable de L\u00e9lia et de notre petite \u00e9quipe\u00a0d\u2019Amazonas images, notre agence cr\u00e9\u00e9e\u00a0en 1994, un budget et une mise en oeuvre\u00a0sur plusieurs ann\u00e9es, en d\u00e9roulant toutes les\u00a0\u00e9tapes allant de l\u2019id\u00e9e initiale, la recherche de\u00a0fonds, l\u2019organisation, la r\u00e9alisation, enfin la\u00a0pr\u00e9sentation du projet. \u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Depuis 1979, Sebasti\u00e3o Salgado a ainsi men\u00e9\u00a0plusieurs grands projets qui incarnent sa\u00a0d\u00e9marche de t\u00e9moin d\u2019un monde en mutation :\u00a0ce sont tout d\u2019abord les communaut\u00e9s indiennes\u00a0d\u2019Am\u00e9rique du Sud dans lesquelles il va vivre\u00a0plusieurs ann\u00e9es et dont il rapportera les images\u00a0expos\u00e9es dans \u00ab Autres Am\u00e9riques \u00bb; puis en\u00a01984, pour M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res, les photos\u00a0de \u00ab Sahel. L\u2019homme en d\u00e9tresse \u00bb r\u00e9v\u00e8lent au\u00a0monde entier la s\u00e9cheresse et la famine qui\u00a0s&rsquo;abattent sur cette r\u00e9gion du monde.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Au cours des ann\u00e9es 70, j\u2019assiste en\u00a0France et j\u2019observe partout dans le monde\u00a0les effets conjugu\u00e9s de trois ph\u00e9nom\u00e8nes :\u00a0la mondialisation naissante qui d\u00e9sint\u00e8gre\u00a0l\u2019industrie occidentale pour la transf\u00e9rer dans\u00a0des pays \u00e0 faible co\u00fbt de main-d\u2019oeuvre, de\u00a0grandes concentrations de mati\u00e8res premi\u00e8res\u00a0et le d\u00e9veloppement de la robotisation de la\u00a0production aux d\u00e9pens du travail humain.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">De ce constat terrible d\u2019un monde qui dispara\u00eet,\u00a0celui de l\u2019homme qui peut vivre gr\u00e2ce \u00e0 son\u00a0travail, je con\u00e7ois un projet fond\u00e9 sur la fiert\u00e9 de\u00a0produire, un hommage au travail de l\u2019homme,\u00a0directement inspir\u00e9 de ma formation \u00e9conomiste\u00a0et marxiste. Ce sera \u00ab La Main de l\u2019homme \u00bb,\u00a0projet centr\u00e9 sur la production \u00e0 grande \u00e9chelle,\u00a0men\u00e9 pendant cinq ans, dans 25 pays. Plus de\u00a040 reportages r\u00e9alis\u00e9s du Kazakhstan au Bangladesh,\u00a0de Cuba au Br\u00e9sil, de la R\u00e9union au\u00a0Koweit, du Dakota \u00e0 Java, mettent en \u00e9vidence la\u00a0cha\u00eene industrielle et permettent de comprendre\u00a0la g\u00e9opolitique de la production et la profonde\u00a0mutation en train de s\u2019op\u00e9rer : celle de la globalisation\u00a0de l\u2019industrie avec ce que cela signifie\u00a0de d\u00e9localisations, sources de bouleversements consid\u00e9rables et brutaux dans les pays \u00e9mergents\u00a0comme le Br\u00e9sil, la Chine ou l\u2019Inde.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Les cons\u00e9quences sociales de cette mutation\u00a0profonde du monde du travail s\u2019expriment\u00a0principalement dans les migrations de ruraux\u00a0vers les m\u00e9galopoles (au d\u00e9but des ann\u00e9es\u00a090, la population annuelle migrante mondiale\u00a0\u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 200 millions), l\u2019emballement\u00a0d\u00e9mographique, la paup\u00e9risation due \u00e0\u00a0la d\u00e9valorisation du travail, l\u2019exploitation\u00a0industrielle des terres, et les bouleversements\u00a0politiques et \u00e9cologiques qui en d\u00e9coulent.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">L\u2019industrialisation et l\u2019accroissement d\u00e9r\u00e9gul\u00e9\u00a0de la production, les prix des mati\u00e8res\u00a0premi\u00e8res fix\u00e9s par la loi de l\u2019offre et de la\u00a0demande en dehors de toute r\u00e9gulation,\u00a0modifient profond\u00e9ment l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomique\u00a0mondial : les produits export\u00e9s par les pays\u00a0producteurs le sont \u00e0 prix n\u00e9gatif aux d\u00e9pens\u00a0des conditions de survie des populations locales.\u00a0La paup\u00e9risation de la population rwandaise\u00a0due \u00e0 la d\u00e9r\u00e9glementation du prix du caf\u00e9\u00a0en est un exemple criant, c\u2019est sur ce terreau\u00a0de bouleversement \u00e9conomique qu\u2019ont pu se\u00a0d\u00e9velopper les d\u00e9r\u00e8glements sociaux et les luttes\u00a0fratricides qui, quelques ann\u00e9es plus tard, vont\u00a0an\u00e9antir le pays et sa population.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">D\u00e9placement de populations vers les villes,\u00a0augmentation de la consommation des pays\u00a0\u00e9mergents, acc\u00e9l\u00e9ration de la production \u00e0 bas\u00a0prix, concentration de populations dans des\u00a0m\u00e9galopoles dans un \u00e9tat de paup\u00e9risation\u00a0croissant, violence, guerres\u2026 \u00ab Exodes \u00bb le\u00a0nouveau projet que Sebasti\u00e3o Salgado va\u00a0mener pendant six ans montre le courage de\u00a0ces femmes et de ces hommes, d\u00e9racin\u00e9s, dont\u00a0le photographe va partager la vie en Inde,\u00a0en Am\u00e9rique Latine, au Br\u00e9sil, \u00e0 Bombay, \u00e0\u00a0Shanghai\u2026 avec les r\u00e9fugi\u00e9s du Honduras,\u00a0les kurdes d\u2019Irak, les r\u00e9fugi\u00e9s d\u2019Afghanistan,\u00a0les Serbes, les Croates, les Bosniaques, les\u00a0Albanais, les Kosovars\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Enfin, c\u2019est la violence du g\u00e9nocide rwandais :\u00a0deux millions de r\u00e9fugi\u00e9s rwandais s\u2019entassent\u00a0dans les camps en Tanzanie, au Za\u00efre et au\u00a0Burundi. Sebasti\u00e3o Salgado partage leur vie\u00a0et photographie. Inlassablement les images\u00a0d\u2019Exodes t\u00e9moignent et disent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Je suis retourn\u00e9 au Rwanda, au bord du lac\u00a0Kivu qui avait vu fleurir le meilleur th\u00e9 du monde\u00a0cultiv\u00e9 par la population rwandaise pendant\u00a0deux d\u00e9cennies et j\u2019y ai vu des terres d\u00e9vast\u00e9es\u00a0par la guerre. Il ne restait rien du projet que\u00a0j\u2019avais aid\u00e9 \u00e0 initier 25 ans auparavant. Les\u00a0r\u00e9fugi\u00e9s rwandais de retour dans leur pays ne\u00a0pouvaient plus se nourrir de leurs cultures, ils se\u00a0regroupaient pr\u00e8s des villes et venaient gonfler\u00a0les quartiers pauvres et les foyers de violence\u00a0urbaine.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Apr\u00e8s cette terrible exp\u00e9rience du g\u00e9nocide, ces\u00a0violences, cette brutalit\u00e9, je me sentais an\u00e9anti et\u00a0malade. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">C\u2019est le Br\u00e9sil et L\u00e9lia, sa femme, qui sauvent\u00a0le photographe terrass\u00e9 par les innombrables\u00a0visages d\u2019Exodes et par l\u2019horreur des crimes\u00a0rwandais. En 1990, Sebasti\u00e3o a h\u00e9rit\u00e9 des\u00a0terres familiales qui l\u2019ont vu grandir. Lorsqu\u2019il\u00a0\u00e9tait enfant, une trentaine de famille vivait de\u00a0mani\u00e8re autonome sur ces terres fertiles; quand\u00a0il en h\u00e9rite, ce n\u2019est plus qu\u2019une cro\u00fbte pel\u00e9e\u00a0sur laquelle plus personne ne vit et plus rien ne\u00a0pousse, comme dans toute cette r\u00e9gion.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab C\u2019\u00e9tait terrible de constater l\u2019an\u00e9antissement\u00a0de cette nature qu\u2019enfant, j\u2019avais connue si\u00a0riche et g\u00e9n\u00e9reuse pour l\u2019homme. L\u00e9lia et moi avons alors d\u00e9cid\u00e9 de lancer un immense projet de reboisement de ces terres en replantant <em>la<\/em> <em>mata atlantica <\/em>(la for\u00eat atlantique dont seuls 7 % existaient encore). D\u00e8s 1999, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 trouver des fonds et obtenu que ces terres soient d\u00e9clar\u00e9es parc national en \u00e9change de la plantation de deux millions d\u2019arbres d\u2019au moins 300 esp\u00e8ces diff\u00e9rentes. Aujourd\u2019hui, ce projet que nous avons baptis\u00e9 \u00ab <em>Instituto Terra <\/em>\u00bb est devenu un centre de formation sur les probl\u00e8mes de d\u00e9forestation, la biodiversit\u00e9 et la reconstruction \u00e9co-syst\u00e9mique. La cha\u00eene alimentaire a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablie, des esp\u00e8ces animales disparues r\u00e9apparaissent et le centre produit un million de plants par an de cent esp\u00e8ces d\u2019arbres diff\u00e9rentes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Et nous continuons, avec la BNDES (Banque\u00a0Nationale de D\u00e9veloppement Economique\u00a0et Social), nous venons d\u2019initier un projet de\u00a0r\u00e9cup\u00e9ration environnementale du bassin du\u00a0fleuve de notre r\u00e9gion, le rio Doce. Notre vall\u00e9e\u00a0abrite la plus grande concentration d\u2019industries\u00a0sid\u00e9rurgiques du Br\u00e9sil. Le besoin en eau est tr\u00e8s\u00a0important et le rio Doce est en train de mourir.\u00a0Notre projet est de reboiser les 370 000 sources\u00a0qui le composent en plantant 70 millions\u00a0d\u2019arbres au cours des 25 prochaines ann\u00e9es.\u00a0Le co\u00fbt de ce projet \u00e9cologique, &#8211; aux \u00e9videntes\u00a0retomb\u00e9es \u00e9conomiques, politiques et sociales,\u00a0car tout est li\u00e9 -, est d\u2019environ un milliard\u00a0d\u2019euros que la BNDES et les industries de la\u00a0r\u00e9gion nous aident \u00e0 rassembler.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Face aux souffrances de l\u2019homme exploit\u00e9 et \u00e0\u00a0l\u2019an\u00e9antissement de notre capital \u00e9cologique,\u00a0<em>Instituto Terra <\/em>montre que d\u2019autres choix\u00a0existent. \u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Parall\u00e8lement au projet <em>Instituto Terra<\/em>, d\u00e8s 2004,\u00a0Sebasti\u00e3o Salgado reprend ses appareils pour\u00a0aller \u00e0 la d\u00e9couverte de la plan\u00e8te pr\u00e9serv\u00e9e\u00a0de l\u2019homme et en dire sa beaut\u00e9. C\u2019est le\u00a0projet Genesis, huit ann\u00e9es \u00e0 pied, en bateau,\u00a0cano\u00eb, ballon, avion, par les froids polaires ou\u00a0les chaleurs extr\u00eames, des photographies de\u00a0montagnes, d\u2019oc\u00e9ans, de peuples, d\u2019animaux\u00a0\u00e9pargn\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 moderne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab J\u2019ai commenc\u00e9 mon projet Genesis sur les\u00a0traces de Darwin, avec les esp\u00e8ces animales\u00a0et les volcans des Gal\u00e1pagos ; les manchots,\u00a0les lions de mer, les cormorans et les baleines\u00a0de l\u2019Antarctique et de l\u2019Atlantique-Sud ; les\u00a0alligators et les jaguars du Br\u00e9sil ; les lions,\u00a0les l\u00e9opards et les \u00e9l\u00e9phants d\u2019Afrique ; la\u00a0tribu isol\u00e9e des Zo\u00e9&rsquo;s au fin fond de la jungle\u00a0amazonienne ; le peuple Korowa\u00ef vivant \u00e0 l\u2019\u00e2ge\u00a0de pierre en Papouasie occidentale ; les \u00e9leveurs\u00a0de b\u00e9tail nomades Dinka du Soudan ; les\u00a0nomades n\u00e9n\u00e8tses et leurs troupeaux de rennes\u00a0dans le Cercle arctique ; les communaut\u00e9s\u00a0mentawai des \u00eeles \u00e0 l\u2019ouest de Sumatra ; les\u00a0icebergs de l\u2019Antarctique ; les volcans d\u2019Afrique\u00a0centrale et de la p\u00e9ninsule du Kamtchatka ; les\u00a0d\u00e9serts du Sahara ; le rio Negro et le rio Juru\u00e1\u00a0en Amazonie ; les failles du Grand Canyon ;\u00a0les glaciers de l\u2019Alaska&#8230; et je suis remont\u00e9 aux\u00a0origines de l\u2019Histoire avec les peuples abyssins\u00a0d\u2019Ethiopie, descendants de la Reine de Saba et\u00a0du Roi Salomon.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Mes photographies de Genesis disent que\u00a0depuis la nuit des temps tout est li\u00e9 : l\u2019humain,\u00a0l\u2019animal, le v\u00e9g\u00e9tal et le min\u00e9ral. Dans Genesis,\u00a0riche et g\u00e9n\u00e9reuse pour l\u2019homme. \u00c9couter fut mon privil\u00e8ge. \u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Pr\u00e9sent\u00e9e en avril 2013 \u00e0 Londres, l\u2019exposition\u00a0Genesis voyage \u00e0 Sao Paulo, \u00e0 Lausanne, \u00e0\u00a0Paris, Rome, Madrid, Venise, Singapour, Rio,\u00a0Stockolm\u2026\u00a0Infatigable, Sebasti\u00e3o Salgado est d\u00e9j\u00e0 en train\u00a0de lancer de nouveaux projets pour continuer \u00e0\u00a0regarder, comprendre et dire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab En \u00e9cho \u00e0 \u00ab La Main de l\u2019homme \u00bb qui se\u00a0consacrait \u00e0 la grande production industrielle,\u00a0on se pr\u00e9pare \u00e0 lancer, avec Plan\u00e8te Finance,\u00a0l\u2019organisme de micro-cr\u00e9dit implant\u00e9 dans\u00a0pr\u00e8s de cent pays, un projet pour montrer\u00a0l\u2019importance de la micro-production dans\u00a0le fonctionnement socio-\u00e9conomique des\u00a0peuples\u2026 le boulanger, le gardien de lamas,\u00a0le p\u00eacheur\u2026 tous ces m\u00e9tiers qui sont une part\u00a0majeure de la production.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Un deuxi\u00e8me projet me tient tout\u00a0particuli\u00e8rement \u00e0 coeur : dans Genesis,\u00a0j\u2019ai v\u00e9cu et photographi\u00e9 les Kuikuros, les\u00a0Kamayuras, les Wauras et les Zo\u00e9\u2019s, des\u00a0tribus indiennes br\u00e9siliennes, je viens de\u00a0faire un reportage sur la tribu des chasseurscueilleurs\u00a0Awas menac\u00e9s d\u2019extinction par la\u00a0d\u00e9forestation\u2026 12,5 % du Br\u00e9sil sont des\u00a0territoires indiens qui doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s.\u00a0Associ\u00e9 \u00e0 la FUNAI (Fondation Nationale\u00a0des Indiens), ce projet veut t\u00e9moigner, par\u00a0la photographie, pour la sauvegarde de\u00a0ces populations et leur protection contre les\u00a0menaces d\u2019un d\u00e9veloppement \u00e9conomique non\u00a0r\u00e9gul\u00e9. Premi\u00e8re victoire : il y a quelques jours,\u00a0le gouvernement br\u00e9silien a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019expulser\u00a0des terres indiennes les fermiers qui s\u2019\u00e9taient\u00a0progressivement install\u00e9s sur ces territoires Awa\u00a0pour y exploiter ill\u00e9galement le bois ! \u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\">Regarder, comprendre, dire pour t\u00e9moigner.\u00a0Sebasti\u00e3o Salgado le fait inlassablement depuis\u00a0quatre d\u00e9cennies en combinant son talent de\u00a0photographe avec sa sensibilit\u00e9 et son acuit\u00e9\u00a0d\u2019\u00e9conomiste. Il a voyag\u00e9, v\u00e9cu, travaill\u00e9 dans\u00a0plus de 130 pays en cherchant \u00e0 chaque fois\u00a0\u00e0 en comprendre le fonctionnement socio\u00e9conomique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Cette connaissance et cette curiosit\u00e9\u00a0nourrissent mes r\u00e9flexions sur mon pays\u00a0d\u2019adoption qu\u2019est la France. Je suis \u00e9merveill\u00e9\u00a0par le savoir-faire fran\u00e7ais, les atouts\u00a0technologiques en a\u00e9ronautique, industrie\u00a0navale ou encore automobile, la puissance\u00a0de son industrie agricole&#8230; De tr\u00e8s nombreux\u00a0pays, le Br\u00e9sil en premier lieu, ont besoin\u00a0des comp\u00e9tences et du savoir-faire fran\u00e7ais\u00a0et pourtant \u00ab la connexion \u00bb ne se fait pas.\u00a0Pourquoi ? Dans le m\u00eame temps, je vois tant de\u00a0difficult\u00e9s \u00e9conomiques et sociales dans ce pays.\u00a0Comment trouver le moyen de lier le savoir-faire\u00a0technologique et la r\u00e9ussite \u00e9conomique ? Je\u00a0pose la question\u2026\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Peut-\u00eatre qu\u2019une partie de la r\u00e9ponse future\u00a0r\u00e9side dans la formation et la posture des futurs\u00a0\u00e9conomistes que sont les \u00e9tudiants actuels de\u00a0l\u2019ENSAE.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Ma vie \u00e0 travers le monde, mon oeil derri\u00e8re le\u00a0viseur de mon appareil qui regarde, vraiment,\u00a0me prouvent qu\u2019il y a toujours des opportunit\u00e9s\u00a0de faire. Il faut les chercher, y croire et il devient\u00a0possible de les r\u00e9aliser.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Il en va alors de l\u2019\u00e9tudiant comme de\u00a0l\u2019\u00e9conomiste ou du photographe : l\u2019ouverture,\u00a0l\u2019\u00e9tonnement, apprendre les langues des autres\u00a0peuples, explorer leurs cultures, s\u2019informer sur\u00a0ici et ailleurs, regarder la r\u00e9alit\u00e9, travailler sur\u00a0toutes les variables sans jamais les fixer, revisiter\u00a0sans cesse ses convictions, oublier ses <em>a priori<\/em>,\u00a0chasser ses jugements, ouvrir ses horizons, aller\u00a0voir.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Si on est suffisamment curieux, la formation\u00a0de l\u2019ENSAE donne toutes les clefs pour croiser\u00a0les regards sociologiques, anthropologiques,\u00a0g\u00e9opolitiques et macro-\u00e9conomiques qui\u00a0permettent de comprendre, de voir les\u00a0opportunit\u00e9s et d\u2019agir. \u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #000000;\">Interview r\u00e9alis\u00e9e par Catherine Grandcoing<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><em>* les photographies de Sebastiao Salgado extraites des exposition Autres Am\u00e9riques, Sahel, La main de l\u2019Homme, Exodes et G\u00e9n\u00e9sis, furent diffus\u00e9es dans le num\u00e9ro 49 de variances en version papier. Il n\u2019est malheureusement pas possible de les publier en version num\u00e9rique.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sebasti\u00e3o Salgado nous a quitt\u00e9s il y a quelques jours. Ses photographies grand format, en noir et blanc, t\u00e9moignent depuis des d\u00e9cennies des trag\u00e9dies humaines et environnementales que l\u2019Homme inflige \u00e0 la plan\u00e8te et \u00e0 ses habitants. Mais avant d\u2019\u00eatre cet immense photographe franco-br\u00e9silien, humaniste, militant infatigable, Sebasti\u00e3o Salgado fut un \u00e9tudiant en \u00e9conomie, engag\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":56,"featured_media":1579,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[6,12,26],"tags":[],"class_list":["post-1577","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-entretiens","category-alumni","category-portraits","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1577","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/56"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1577"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1577\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8720,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1577\/revisions\/8720"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1579"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1577"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1577"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/variances.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1577"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}