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Catherine Gaudy est depuis le 1er avril 2019, Directrice générale du Genes, Etablissement regroupant l’ENSAE, l’ENSAI, le CREST, l’ENSAE-ENSAI Formation Continue (Cepe, Centre de formation continue), le GIP CASD et DATASTORM.

Une nomination naturelle pour cette administratrice de l’Insee à la suite d’un parcours, déroulé dans la haute fonction publique, et qu’elle retrace pour variances.

 

Adolescente, Catherine Gaudy ne savait pas précisément si, plus tard, elle ferait des mathématiques ou des lettres. Elle réussissait dans les matières scientifiques tout en se passionnant pour la littérature et les lettres classiques, notamment pour le grec dont elle aime encore aujourd’hui traduire des textes. Aucune forfanterie dans cette déclaration qu’elle fait les yeux brillants à l’évocation du plaisir qu’elle prend à ces versions. Juste un loisir qu’elle ne veut surtout pas prétentieux, un simple amusement que cette langue à la calligraphie si ludique et à la syntaxe singulière lui procure toujours.

Autonomie et service public

A 15 ans, Catherine Gaudy, fille d’instituteurs installés dans le Limousin, a deux évidences qui vont naturellement influencer ses choix de vie : d’une part, l’indépendance, notamment économique, est la clef de la liberté ; d’autre part, le service public et les politiques publiques qui le structurent lui paraissent le champ d’exercice dans lequel elle trouvera le sens de sa future vie professionnelle.

Nous sommes en 1980, baccalauréat en poche, ces deux convictions poussent la jeune adolescente à s’orienter vers une classe préparatoire scientifique, réservant aux lettres classiques une pratique moins professionnelle. Ce sera Louis-le-Grand.

Je ne peux m’empêcher de l’interroger en repensant au choc de Pierre Bourdieu (qui inspirera ses travaux futurs sur l’habitus), transplanté de la même manière de son lycée palois au lycée parisien de la rue Saint Jacques et confronté aux difficiles problèmes d’intégration. Mais contrairement à son illustre prédécesseur, Catherine déclare « ce furent pour moi des années de vrai bonheur, d’ouverture sur le monde, de découvertes intellectuelles, et d’apprentissage de l’autonomie. J’y ai rencontré certain.es de mes ami.es de cœur qui m’accompagnent encore aujourd’hui.  J’ai ressenti une immense liberté de penser et d’être, tout cela dans un climat joyeux, encadrée par une équipe pédagogique aussi exigeante qu’attentive à tous ces jeunes dont la construction émotionnelle était parfois vacillante. Dans ce climat de travail intense, nous arrivions néanmoins à grandir en équilibrant le déploiement de nos compétences académiques et l’ajustement de nos éventuelles fragilités émotionnelles ».

En écoutant la directrice générale du Genes évoquer avec enthousiasme cette période charnière de sa vie, je pense aux modules d’enseignement obligatoire consacrés aux compétences relationnelles que l’ENSAE a récemment intégrés à son programme pédagogique. Prise de conscience que le savoir seul n’est rien, même à un haut niveau d’excellence et ne prendra toute sa valeur qu’associé à des soft skills, comme on nomme aujourd’hui ces compétences relationnelles et personnelles. Compétences techniques et compétences humaines, Catherine Gaudy en racontant ses années de prépa décrit la première expérience qu’elle fait de cette féconde synergie.

Catherine choisit l’ENS de Sèvres en mathématiques (nous sommes en 1983, les filles sont à Sèvres, les garçons rue d’Ulm, il faudra attendre encore trois ans avant l’ouverture des ENS à la mixité !). « Pendant ces années, je démarre naturellement une thèse ce qui finit très vite de me convaincre que ce n’est décidément pas ma voie. Mes convictions d’adolescente s’imposent, ce sera le service public. J’explore les différents corps d’Etat et choisis celui de l’Insee : les statistiques et l’économie me paraissent les fondations naturelles pour travailler sur les politiques publiques et mes années d’études à l’ENSAE me font entrer de plain-pied dans ces matières que je découvre, notamment l’économie, et qui s’articulent parfaitement avec mes aspirations. »

Savoir-être et savoir-faire

Administratrice de l’Insee, Catherine Gaudy y est nommée responsable de la section industrie agro-alimentaire. Avec l’impatience associée à son premier poste, la jeune diplômée s’apprête à mettre à l’épreuve du terrain ses compétences théoriques. « Et je rencontre mon premier patron, Bruno Trégouët… qui m’apprend tout et fait de moi la professionnelle que je suis devenue. Autant que le savoir-faire technique, il m’apprend aussi le savoir-être en situation professionnelle, ou comment me positionner dans mon environnement, comment juger de la pertinence relative de mes raisonnements ou de mes idées, il m’initie au travail en équipe, au partage, il me fait découvrir l’importance des relations humaines et de l’empathie dans l’univers professionnel. Toutes ces compétences dont je découvre le rôle essentiel après des années d’apprentissages académiques, utiles évidemment mais tellement insuffisants. »

Trois ans plus tard, mobilité oblige, c’est au ministère de l’Economie et des finances, que Catherine Gaudy devient adjointe au chef du bureau du budget, de l’emploi et de la formation professionnelle, puis deux ans plus tard celui de l’industrie.  » Ces deux postes furent très formateurs pour moi. J’appris l’art subtil de la rédaction des notes destinées aux ministres, la spécificité des sujets interministériels dont les objectifs pouvaient parfois sembler difficilement conciliables, mais aussi le pilotage tout en nécessaires nuances des structures de gouvernance. Des acquis qui enrichissent très significativement mes compétences techniques ».

En 1997, Catherine Gaudy a presque 35 ans, sept années d’expériences professionnelles très formatrices derrière elle, la deuxième de ses trois filles s’apprête à naître. C’est pour elle un moment pertinent pour initier une nouvelle étape professionnelle. « Je ressens le besoin d’infléchir mon parcours vers une plus grande opérationnalité après ces années passées à la direction du budget dans un contexte très panoramique sur les sujets. » Elle choisit le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche dont elle devient sous-directrice du budget. Une première immersion opérationnelle dans l’univers qu’elle rejoint aujourd’hui en devenant directrice générale du Genes.

Des finances aux ressources humaines, un parcours au sein du ministère de l’Education nationale et de la Recherche

C’est ensuite au ministère de l’Education nationale et de la Recherche que Catherine Gaudy va, entre autres, participer à la mise en œuvre de la loi organique relative aux lois de finance, piloter la paye et l’exécution salariale de ce ministère premier budget de l’Etat, déployer le logiciel Chorus … : elle y sera pendant sept ans sous-directrice de l’expertise statutaire, de la masse salariale et des rémunérations de la plus grosse sous-direction de la direction des affaires financières (en charge de la paye de plus d’un million de personnes) puis deviendra adjointe du directeur des affaires financières du ministère. « Cette taille imposante rend la mise en œuvre des décisions de politiques publiques très sensible à une gestion maitrisée de la conduite du changement : les déploiements se font toujours progressivement, une ou deux académies testent les évolutions, puis l’implémentation au niveau national devient possible. Cette pratique de la conduite du changement s’articule autour de l’attention au nécessaire dialogue social, de l’exigence de process techniques efficaces, enfin de l’accompagnement humain qui rend les choses possibles« .

Nous sommes en 2010, le plan « Investissements d’avenir » (initiatives d’excellence, laboratoires d’excellence…) est lancé. Catherine Gaudy rejoint alors le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche comme adjointe au directeur de la recherche et de l’innovation et pilote les premières actions de ce plan en lien avec le commissariat général aux investissements. « Deux années passionnantes. »

« En 2012, virage professionnel, je suis nommée Directrice générale des ressources humaines du ministère de l’Education nationale et de la Recherche. Je prends en charge la politique de gestion humaine d’un ministère aussi riche que lourd de 1 250 000 personnes, avec tout ce que cela veut dire de stratégique mais aussi de faible agilité. Mener des réformes dans ce contexte, cela signifie dérouler une démarche en trois étapes successives consacrées à l’indispensable dialogue social, la coordination de l’écriture des textes réglementaires, enfin l’implémentation des outils nécessaires au déploiement. »

Simultanément à ces années passées dans les différents ministères, Catherine Gaudy est membre du Haut Conseil à l’Egalité. Elle participe aux différents dossiers traités par le Haut-Conseil et mesure souvent, à travers son expérience au sein du ministère de l’Education nationale combien certains sujets sont difficiles à faire évoluer. « Travailler sur les stéréotypes nécessite de remonter à la source, dans les familles, dans les classes, aux origines de la formation des repères de chacune et chacun. C’est un travail qui implique chaque citoyen.ne et dépasse la seule politique publique ».

Directrice générale du Genes : des challenges et des engagements

Après quelques mois passés à l’Inspection générale de l’Insee, Catherine Gaudy est nommée en avril 2019 directrice générale du Genes, pour un mandat de 5 ans renouvelable. « J’aime les responsabilités opérationnelles, l’action. Je découvre un très bel établissement dans chacune de ses composantes, un établissement reconnu pour l’excellence de son positionnement, et dont les personnels sont dynamiques et investis. »

Catherine Gaudy arrive au Genes à un moment stratégique de l’évolution de l’enseignement supérieur : « C’est pour l’ENSAE la construction de l’Institut Polytechnique de Paris avec ce que cela signifie de travail de positionnements respectifs des différentes écoles membres de l’Institut (École polytechnique, l’ENSTA Paris, l’ENSAE Paris, Télécom Paris et Télécom SudParis) ; pour l’ENSAI c’est la coopération dans le cadre d’UNIR, qui regroupe les acteurs majeurs du site de Rennes. Je souhaite que le GENES puisse en saisir les opportunités et les complémentarités. »

Tout au long de son parcours, et encore aujourd’hui au Genes, Catherine Gaudy a déroulé ses choix pour exercer des responsabilités opérationnelles, pouvoir se sentir utile à la société par l’intermédiaire des politiques publiques auxquelles elle travaille. Elle ajoute en le soulignant « mon quotidien est aussi fait d’un travail avec les équipes, de partages. Insuffler sens et énergie pour faciliter le bon déroulement d’une tâche fait partie de mon rôle de manager. C’est très important pour moi. Plus globalement, je compte porter un regard vigilant sur la préservation de la qualité des formations et de la recherche, et j’aurai également à cœur d’approfondir les dimensions liées à la responsabilité sociale de l’établissement, telles que la lutte contre les discriminations, l’empreinte écologique. En terme de méthode, je m’appuierai bien sûr sur la réflexion interne, mais aussi sur la richesse de son écosystème, notamment le réseau des anciens élèves. »

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