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Nicolas Braun (2003)

 

Les évolutions des techniques et de la réglementation poussent à la spécialisation de l’ensemble des métiers de la gestion d’actifs, moins connus que celui de gérant, mais laissant tout autant la part belle à des profils quantitatifs comme ceux formés à l’ENSAE. Tentons d’y voir un peu plus clair en balayant par grandes catégories ces métiers de la gestion d’actifs.

 

Les métiers de la gestion des risques et de la conformité réglementaire et légale

 

Risk manager est un métier qui s’est développé à la fin des années 1990, après que quelques acteurs eurent anticipé son émergence en l’introduisant dans leur organisation, puis que la réglementation a imposé peu à peu sa présence dans les sociétés de gestion. De façon plus pragmatique, la nécessité de la fonction est apparue avec des faillites célèbres (Barings en 1995, LTCM en 1998). D’abord souvent rattachés au directeur des gestions, les risk managers appartiennent dorénavant à une Direction de Risques généralement rattachée à la Direction Générale, qui garantit leur indépendance fonctionnelle et d’alerte.

 

Les profils formés à l’ENSAE sont en général cantonnés au suivi des risques quantifiables (marché, liquidité, crédit, contrepartie, …), mais s’adaptent également au suivi des risques opérationnels. Un esprit bien fait saura également s’adapter aux métiers plus récents encore de la conformité (réglementaire et légale), ainsi qu’à la fonction de contrôleur interne.

 

Le rôle du risk manager “quantitatif” est de comprendre les modèles utilisés par la gestion, pour en comprendre notamment les biais, puis définir, calculer et suivre des indicateurs de risque. Ces indicateurs, qui gagnent en complexité et en précision avec l’innovation financière, voient leurs limites définies selon l’appétence au risque de la société de gestion et de ses clients. Partant d’un simple calcul indépendant de la valorisation des portefeuilles (et notamment des dérivés), le risk manager a eu à mesurer des risques progressivement de plus en plus complexes.

 

Les métiers de l’informatique

 

L’industrie financière est certainement la première à avoir bénéficié de la troisième révolution industrielle, celle de l’informatisation et des réseaux. Dès lors, l’informatique, sur laquelle repose dorénavant l’ensemble de l’activité de la société de gestion, voit également ses métiers se renforcer en compétences. Les programmeurs des interfaces sont nécessairement pilotés et assistés par des profils maîtrisant les techniques financières et les modèles utilisés, surtout pour le développement des interfaces utilisées par la gestion ou par la direction des risques. Dans un environnement où les questions informatiques sont de plus en plus complexes et susceptibles de fortement impacter l’organisation des entreprises et la réussite dans la mise en œuvre de leur stratégie, une forte compétence en informatique constitue un atout indéniable pour exercer par la suite des responsabilités managériales.

 

La recherche pour une veille et une innovation permanentes

 

Le cycle des produits financiers est rythmé par de nombreuses innovations financières. Les sociétés de gestion innovantes l’ont bien compris, et n’hésitent pas à développer des départements entiers de chercheurs. L’étudiant y met les pieds typiquement à l’occasion d’une thèse préparée en entreprise (Convention Industrielle de Formation par la Recherche ou CIFRE), et les profils quantitatifs formés à l’ENSAE y sont légion. L’idée est de faire bénéficier l’industrie financière des dernières avancées des mathématiques et de la physique.

 

Le macro-économiste permet pour sa part de décrypter les signaux observés sur les marché, de les mettre en perspective, et de tenter d’anticiper les évolutions futures. Ce métier nécessite, en sus de solides connaissances en économie, des compétences en communication, car c’est souvent le macro-économiste de la société de gestion qui est mis en avant devant les clients, dans la presse, et qui anime une partie des réunions de gestion internes à la société.

 

Autour de la fonction commerciale

 

Pour l’essentiel, ces sont les besoins de reporting des clients qui ont conduit les sociétés de gestion à se doter de profils quantitatifs, jusqu’à des actuaires, dans les départements commerciaux. En effet, les clients institutionnels des sociétés de gestion, qui sont souvent des sociétés d’assurance ou des organismes de retraite, doivent s’adapter à des réformes sur le pilotage de leur solvabilité ou de leur gestion actif / passif. Depuis les premiers stress tests imposés aux assureurs sur leurs actifs, des sociétés de gestion ont compris l’intérêt de proposer dans leur reporting une prestation d’actuaire intégrée, visant notamment à rendre possible la production d’états réglementaires (par exemple, les différents paramètres SCR d’un portefeuille, en application de la réglementation Solvabilité 2). Ces profils sont naturellement utilisés dans les phases d’avant-vente, et pour la conception des produits de la société de gestion.