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Cet article constitue un résumé de La crise, dix ans après: les enseignements pour la recherche dans les domaines monétaire et financier, paru dans la revue Economie et Statistique n°494-495-496, éditée par l’INSEE, et qui a particulièrement retenu notre intérêt.

La crise financière a eu pour effet de montrer les limites et les lacunes de la théorie économique et de la modélisation économétrique. Durant cette période, des mesures non conventionnelles ont été mises en place par les autorités publiques afin de stabiliser puis relancer la zone Euro. Pour ce faire, de grandes évolutions théoriques ont dû voir le jour afin de pouvoir continuer à mesurer et orienter la politique économique.

Dans leur article, Andreas Beyer, Benoît Cœuré et Caterina Mendicino, mettent en avant l’évolution de la pensée économique provoquée par la crise, et en tirent des enseignements  pour analyser l’incidence des mesures non conventionnelles adoptées par la BCE. Enfin, ils terminent par un exposé rapide des nouveaux cadres prudentiels afin de synthétiser leur rôle et leurs enjeux.

Un point important dans ce remarquable survey est la mise en lumière de l’impact des marchés financiers sur l’économie réelle et des évolutions réglementaires qui ont dû être imaginées et mises en place.

Avant 2007, peu de modèles décrivent le rôle des marchés financiers sur la politique économique. Économie réelle et économie financière y sont quasi orthogonales. Mais les crises financières obligent les modélisateurs à décrire enfin les interactions entre les deux sphères. Les modèles développés après la crise montrent alors que le secteur bancaire est non seulement à l’origine de chocs ayant entraîné la contraction du PIB en 2008 mais qu’il est aussi responsable de la propagation des chocs non financiers. La hausse du risque de défaut souverain a en effet contribué à la dégradation des fonds propres bancaires par l’augmentation des coûts de financement, des risques de liquidité et de solvabilité. En retour, les banques ont contribué à accroître les risques de défaut souverain, du fait des garanties qui leur ont été offertes par les États. C’est pour briser ce cercle vicieux entre le secteur financier et l’économie réelle qu’une nouvelle politique prudentielle a été mise en place dans le but de renforcer les fonds propres et la liquidité.

Aussi, pour soutenir l’économie, une des mesures phares de la BCE a été de fixer ses taux directeurs à un niveau d’abord faible, puis négatif. L’objectif de ce nouvel outil de politique monétaire non conventionnelle est d’inciter les banques à prêter aux entreprises et aux particuliers afin de stimuler l’inflation et de relancer la croissance. Mais ces taux historiquement bas soulèvent de nombreuses interrogations quant à leur transmission par les marchés financiers vers l’économie et à leur effet sur la stabilité financière. Ils peuvent inciter les établissement financiers à augmenter leurs risques et aussi impacter négativement à la fois la rentabilité des banques et leur capacité d’intermédiation. Si l’effet positif sur l’économie semble se confirmer, l’effet induit par la baisse de profitabilité des banques reste méconnu et son approfondissement paraît nécessaire pour la modélisation macroéconomique.

L’ensemble de ces mesures sont activement communiquées par la banque centrale pour accentuer leur effet et piloter les anticipations. La modélisation de l’incidence de cette forward guidance représente donc également un enjeu actuel.

Ainsi, cet examen de l’influence des marchés financiers, vue sous l’angle de la modélisation théorique telle qu’elle est résumée dans cet article, a aidé la BCE à construire une stratégie d’appui à la croissance économique en tenant compte de l’efficacité réelle de la nouvelle réglementation bancaire.

L’ensemble de l’article mérite d’être consulté et est disponible ici :

https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/3135059/494-495-496_Avant-propos_Beyer-Coeure-Mendicino-FR.pdf