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Le mot engagement est revenu à la mode. Les spécialistes du marketing, des marques, du comportement du consommateur l’emploient en permanence. Le monde numérique qui est le nôtre permet même de s’engager avec un simple clic en « likant » une émission, un contenu, etc. Ceci mérite un rapide retour sur ce que signifie l’engagement.

Bien sûr, le titre en amont de ces lignes est emprunté à René Goscinny et Albert Uderzo. C’est une phrase générique souvent prononcée dans les albums d’Astérix et Obélix par des légionnaires romains, et suivie par « vous verrez du pays qu’ils disaient ». Les auteurs n’ont pas inventé cette expression ; ils font référence aux slogans du ministère français de la guerre « engagez-vous, rengagez-vous dans l’armée » ou « engagez-vous, rengagez-vous dans les troupes coloniales », dans un contexte moins amusant que celui de la bande dessinée.

Cela donne bien une première interprétation du mot : un mouvement, un changement d’état. Ainsi, un jeune homme s’engagera dans l’armée, une personne, un média s’engagera pour une cause, une idée, un idéal – l’engagement politique est merveilleusement décrit par Platon dans l’Alcibiade, ou beaucoup plus tard par Jean-Paul Sartre dans Les mains sales –, une entreprise engagera un collaborateur. La contractualisation juridique est proche. Deux personnes engagent une relation amicale, ou amoureuse. Un éventuel contrat de mariage pourra conclure l’engagement dans une vie commune. Un sens courant de l’anglais « engagement » n’est-il pas fiançailles ?

Le terme a donc aussi un sens connexe de début, de lancement : engager une conversation, engager un match, engager une relation. Nous voyons bien que l’engagement est, par origine, de nature dichotomique : c’est oui ou non.

L’engagement, au sens large du mot, est compris comme une participation, quelle qu’en soit la forme, à une activité impliquante souvent liée à une association : sportive, culturelle, politique, loisir, cultuelle, humanitaire, caritative, syndicale, etc … Les Français sont-ils engagés ?

Plusieurs enquêtes de l’INSEE permettent de répondre, avec une distance temporelle, à cet engagement associatif. En 1983, 43 % des personnes âgées de 16 ans ou plus se déclaraient membres d’au moins une association, à titre payant ou gratuit. Trente ans après, en 2013, ce taux est de 42 %, une stabilité remarquable. Le seul véritable changement au cours de ces trois décennies est que la différence hommes – femmes est moins marquée, passant en 1983 de 53 % pour les hommes et 34 % pour les femmes à 44 % – 40 %. Enfin, pour environ la moitié des personnes « engagées », le mode d’implication est le bénévolat, rendant ainsi indirectement hommage à Khalil Gibran qui écrivait dans Le Prophète (1923) : « Vous donnez, mais bien peu, quand vous donnez de vos possessions. C’est lorsque vous donnez de vous-même que vous donnez véritablement. »

L’arrivée du numérique a fait évoluer la notion d’engagement, transformant son interprétation dichotomique en une sorte de continuum, selon le degré d’engagement. Un internaute se limitant à appuyer sur un bouton pour se déclarer « ami », pour « liker » un commentaire, un avis, un produit, un lieu, est probablement moins engagé que celui qui s’en fait le chantre, le porte-parole, crée un buzz et se comporte en leader d’opinion.

De même, la recherche d’un petit nombre de sponsors à important apport financier, et donc très engagés dans un projet, peut être concurrencée par une multiplicité d’acteurs à engagement plus faible : c’est l’origine du crowdfunding, dont le principe est d’ailleurs plutôt ancien et très proche de celui des tontines créées par le banquier napolitain Lorenzo Tonti au XVIIème siècle et encore efficacement en vigueur en Afrique.

Le passage d’un engagement discontinu, tout ou rien, à un engagement à multiples degrés lié aux technologies digitales ou à la nouvelle économie a-t-il modifié certaines données statistiques du public se déclarant engagé ? Pour cela, Médiamétrie a réalisé en mai 2017 une enquête par internet, auprès de plus de mille personnes de 15 ans ou plus, portant sur l’engagement des individus de manière générale, et plus particulièrement sur leur engagement pour les médias et sur l’engagement des médias.

Cinq enseignements sont issus de cette étude.

Le premier est qu’en 2017, soit 4 ans après les dernières études de l’INSEE en 2013, le taux de personnes se déclarant associativement engagées est constant : 42 %. La graduation de la notion d’engagement ne semble pas, pour l’instant, avoir fait évoluer les comportements, malgré l’effet de mode du mot.

Le deuxième est que l’écart entre femmes et hommes existe toujours, et que le bénévolat continue à gagner du terrain, ce mode d’implication étant utilisé par 61 % des « engagés ».

Le troisième est que l’engagement est bien intentionnel : 39 % du public engagé l’a fait en tant qu’adulte, et en ayant parfaitement conscience de l’importance de cet acte.

Le quatrième est qualitatif : lorsqu’il est demandé quels sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit quand on entend « engagement », on trouve quatre dominantes de termes. En premier lieu, apparaissent les notions positives telles que fidélité, promesse, respect, durée, confiance, couple, union, mariage, de jolis noms décrivant le témoignage du plaisir de l’engagement et de la valeur qui lui est accordée; puis il est fait référence à la dimension d’obligation, de contrainte, avec une perception plus coercitive de l’engagement. Ensuite vient la notion de responsabilité ; et enfin, le contrat, déjà mentionné en introduction. Fait intéressant, ces catégories de mots se retrouvent dans tous les groupes d’âge, sans effet de génération.

Et le cinquième et dernier enseignement est que personne n’est dupe : en traduisant par une note entre 0 et 10 le degré d’engagement attribué au fait de « liker », le score obtenu est 4,8/10. Le niveau d’engagement d’un « like » est vraiment très moyen.

Et, pour conclure, une pensée pour Stéphane Hessel, l’auteur du bien connu Indignez-vous (2010), mais aussi d’Engagez-vous !, livre paru en 2011 aux éditions de l’Aube.